Découverte-mag n°14

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Le mystérieux tableau !

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©Jr Korpa

Après une longue absence, revoilà notre experte en arts Nathalie Gineste. Grâce à son expertise, elle vous fait revivre l’histoire de vos tableaux pour mieux les comprendre. Mettez de la magie dans vos tableaux ! La rédaction

Après des années reclus au fin fond du grenier d’une maison du 19esiècle, quelle ne fut ma surprise quand la porte s’ouvrit. Nos regards se croisent et s’observent. Quel éblouissement !

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Dans l’embrasure de la porte, la silhouette d’une charmante jeune femme aux yeux ébahis et pétillants me fait face. Elle vient de dépoussiérer le trésor caché que je suis. Malheureusement, le temps passé dans ce capharnaüm m’a abîmé. Il faut reconnaître que je dénote parmi tout cela ! Mais, restons positifs : « Je sors du lot. Il me faudra sûrement une petite restauration », me dis-je.

    Je représente deux jeunes hommes avec un regard qui vous perce jusqu’à l’âme. Je dégage le mystère et l’inquiétude à la fois.

    Grâce au précédent article de Nathalie Gineste, mon secret se dévoile.

    Mais, faisons un petit retour dans le passé… Que pouvons-nous imaginer comme histoire ?

    Loubon à Montpellier : un vernissage riche de rencontres

    Il fait bon ce matin. C’est le mois d’avril. Il ne fait pas encore chaud. Je m’habille à toute hâte pour prendre le train. J’ai 38 ans. Je m’appelle Émile Loubon et je suis Directeur de l’école de dessin au musée de Marseille. Je suis fier d’exposer à Montpellier. J’ai pris le temps de bien emballer ma toile. Elle représente une bergerie dans les champs. J’ai longtemps hésité avec une vue de Marseille. J’espère que les visiteurs ne trouveront cela pas trop campagnard. L’exposition a lieu dans la salle des concerts de la Société des Amis des Arts. Une bergerie fera mieux qu’une marine, non ?

    Ouf ! Le train n’a pas de retard. Arrivé, j’active mon pas. Je n’aime pas me présenter le dernier. Je veux être là avant toutes les personnalités. Je pousse la porte et laisse échapper un cri de surprise. Monsieur Broussonnet, maire de Montpellier, agrégé en médecine et président de cette exposition est déjà là. Je m’approche de lui et lui serre la main. Tout en se penchant, il me dit :

    Appelez-moi Louis Raymond. Je suis un fervent admirateur de votre travail. Quelle originalité vous avez. J’adore vos arbres et vos personnages courbés par le vent. Je vous aurais bien débauché pour le musée de notre ville, dit-il en haussant le ton”.

    Je suis intimidé.

       Tout à coup, une main se pose sur mon épaule. Je sursaute et me retourne.

      Mon ami, comment vas-tu ?

        Bien, mon cher ami, me dit Jules Laurens en ricanant. Je reviens d’une formidable expédition. Si tu savais tous les beaux paysages que j’ai pu admirer et dessiner ! Mais en attendant, je suis venu montrer un croquis d’après nature, fait à Marseille, et un autre en Italie.

            Jules connaît bien tout ce petit monde, car il a étudié aux beaux-arts de Montpellier. A l’âge de 16 ans, il est monté à Paris pour développer son art, comme la plupart d’entre nous, d’ailleurs. Je suis en admiration lorsqu’il me raconte son périple en Orient. Il y a 2 ans de cela, il était en voyage en Perse. J’ai l’impression de sentir ces odeurs, de voir ces paysages pittoresques. Eh oui ! Vous vous rendez compte, il accepte une mission en Orient et en Perse pour le compte du Ministère de l’instruction publique. Il est déclaré comme être l’un des premiers peintres orientalistes provençaux. Mais n’oublions pas que notre ami Paul Coste, peintre et architecte marseillais l’a devancé en Perse. Ah ! Je sais, je suis un peu chauvin.

            Jules me raconte son ambitieux projet pour cet été : prendre la route pour Téhéran en traversant la Bulgarie, la Moldavie, la Géorgie, l’Arménie… A 22 ans seulement ! Il démarre en trombe sa carrière. En plus, il a raison, car l’art oriental est à la mode. Nous sommes tous joyeux et volubiles. Moi aussi, je me suis essayé à l’orientalisme.

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            Portrait de Jules Laurent en habit de Syrien, Jules Didier, Carpentras, Musée Comtadin-Duplessis

            Des mécènes montpelliérains généreux

            Tiens ! Qui aperçois-je ? Le comte d’Adhémar. Pourtant, c’est un homme très pris. Il est directeur des écoles de sculptures, architectures et de dessin de Montpellier. Il n’a aucune pratique. Je comprends mieux pourquoi le maire voulait que je sois à la direction de cet établissement. Avec toujours autant de prestance, il adore montrer son autorité de colonel de la Garde Nationale de Montpellier. Sur son épaule droite, on y voit la médaille du mérite militaire, de sainte Hélène et la légion d’honneur. Rien que ça, dis donc ! Son père était conseillé à la cour impériale de Montpellier et poète montpelliérain. Il y a 4 ans, sa fille Pauline épousa Louis Tissé-Sarrus, banquier et peintre amateur, issu d’une famille protestante de Montpellier. Alfred Bruyas est très proche de cette famille.

            Il y a plusieurs marchands de tableaux dans la salle dont le comte de Nattes, Guillaume et Joseph Roger. Mais, surtout mon ami Barry F., marchand de tableau à Marseille.

            François Matet a commencé une superbe toile représentant la main d’Alfred Bruyas.

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            Charles Paulin François Matet, Autoportrait 1832, Montpellier, Musée Fabre

            Elle ne mesure que 25 cm sur 20 cm. Mais, quelle finesse ! On aperçoit les veines de la main de Bruyas avec un tel réalisme. Une bague en or représentant un sou surmonte cette main. Quel symbolisme, quelle délicatesse ! Une main riche et bien soignée… mais on ne voit pas les ongles ?

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            Main gauche d’Alfred Bruyas (vers 1845-1848), Montpellier Musée Fabre

            Justement quand on parle du loup… je vis Alfred Bruyas. Quelle surprise !

            Alfred Bruyas est là. Droit et fier comme un « i ». Son costume toujours bien amidonné… c’est normal, un banquier… c’est bien apprêté et propre. J’ai l’impression d’être en face d’un miroir. Je ne sais pas qui imite qui. Nous avons la même barbe et coupe de cheveux. Seulement lui, il est roux et très bien habillé avec sa bague en or. Et moi, châtain clair. Sacré Alfred !

            C’est aussi un mécène. Ne l’oublions pas. Son petit dernier protégé, c’est Frédéric Bazille et juste avant lui, c’était Courbet. Ah ! Courbet est comme moi. Il aime l’humain. C’est un humaniste qui adore représenter la vraie vie des gens simples. Frédéric Bazille, lui, est un visionnaire ! Il a une nouvelle conception de la peinture : plus moderne et révolutionnaire. Mais chut ! N’en disons pas plus.

             Ah ! Mon ami, tu es devenu un grand mécène ! 

            Il peut ! Il est riche et ça aide. Il aurait aimé être un peintre reconnu. Moi, je me présente à lui dans un simple apparat sans fioriture, ni chichi. Là où je me retrouve dans ce beau monde c’est avec Gustave Courbet. Nous avons des similitudes. Il aime représenter les gens simples dans leur labeur. Il a raison. C’est ainsi que nous pouvons immortaliser ces moments témoins d’une certaine réalité sociale.

            Dans ce vernissage, j’interpelle mon élève Raphaël Ponson en grande discussion avec le conservateur du musée Fabre. Il est très euphorique et il nous annonce demander sa participation à l’exposition de 1868. Je suis heureux de savoir que nous ferons une exposition ensemble : le maître et l’élève.

            Les trois mousquetaires : Qui sont ces artistes ?

            Mais, je vous laisse deviner qui est représenté à côté de moi sur ce tableau plein de poussière. Il est plus jeune, plus soigné que moi. Il est plus aisé financièrement que moi. Nous regardons notre ami en train de nous peindre sur cette toile. Notre amitié est ainsi scellée à jamais.

            Serait-ce toi Bazille qui m’immortalise avec Courbet ?

            Courbet, je l’aime d’un amour fraternel…Courbet, nous l’aimons tous et sommes fiers de lui.  Nous voulons prôner son idéologie artistique.

            Nous trois…  comme les trois mousquetaires, avec un destin bien différent qui nous attend.

            Profitons bien de cet instant présent.

            A suivre…

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