L’œuvre monumentale (2m50 sur 3 m) intitulée Rendez-nous la beauté! sera exposée à la Biennale de Pékin en 2022.

Bernard Garo, artiste-peintre suisse.
Voilà l’homme! © Saimir Shara

« Je crois qu’un Suisse ne peut produire quelque chose de grand s’il reste dans son pays ». Cette phrase figure dans la lettre que Blaise Cendrars envoya à son frère Georges de Bruxelles le 26 février 1910[1] . Cette réflexion de l’illustre écrivain neuchâtelois m’est venue juste avant de réaliser la première interview de toute une série d’autres entretiens prévus avec Bernard Garo pour notre magazine Découverte dans sa rubrique culturelle. Je vous présente donc cet artiste certainement unique en son genre.

AB: Bernard Garo, vous êtes un artiste grand, puisque vous mesurez 2m02, et pour moi, vous êtes également un grand artiste. Que pensez-vous de cette pensée de notre éminent bourlingueur, écrite voilà bientôt 112 ans? 

BG:  (rire). C’est comme s’il disait que nul n’est prophète en son pays. Remarquez qu’il n’a pas tout à fait tort d’ailleurs. En Suisse, il est souvent plus difficile de se faire une renommée qu’à l’étranger.

AB: Cette phrase n’est-elle pas un tantinet paradoxale, alors que je viens d’apprendre que vous avez été sélectionné pour participer pour la 3e fois consécutive à la biennale d’art contemporain de Pékin qui se déroulera en même temps que  l’ouverture des Jeux olympiques?

BG: Qu’entendez-vous par paradoxale?

Cette œuvre a été exposée au Musée national d’art en Chine et plus d’un demi-million de personnes l’ont vue.

AB: Un jour, en 1996, je faisais escale  à Shanghai et je suis allé voir le musée des beaux-arts à Shanghai qui a aussi, je crois, sa biennale. Pour la biennale de Pékin, pendant tout un mois, ce sont quelque 400 œuvres qui sont exposées à un public de mieux en mieux accessibles aux nouveaux modes d’expression artistique. Les milieux chinois concernés invitent des artistes désormais célèbres à l’étranger, mais inconnus en Chine. D’où ce paradoxe: vous êtes pourtant parfaitement connu en Chine (!). Et tout autant en Suisse, puisque Passe-moi les jumelles vous consacrera une émission en 2022[2]

BG: Oui, cela peut effectivement paraître paradoxal. Mais l’est-ce vraiment? En 2019, j’ai exposé cette œuvre monumentale.

Cette œuvre a été exposée au Musée national d’art en Chine et plus d’un demi-million de personnes l’ont vue. Elle vient d’être acquise par une fondation allemande pour un musée privé à Hanovre. Dernièrement, au mois de novembre 2021, j’en ai exposé une autre œuvre monumentale au Musée d’art de Shanghai dont vous venez de nous parler. En Suisse aussi, un tas de gens s’interrogent sur mon art, comme les Chinois, du reste.

Regardez :

AB: J’ai bien compris, peindre et surtout photographier est pour vous un véritable voyage.

BG: Vous savez, Alain, contempler un océan, un lac, une montagne, une situation sous tous les angles possibles, nous permet d’être plus conscients de notre environnement.  

AB: Vous voilà philosophe, à présent? (rires).

BG: Non, non, mais j’ai un besoin de me mettre impérativement à l’écoute de ce qui est en mouvements.

AB : Donc aussi d’un glacier, d’un désert ou d’une érosion?

BG : Oui, surtout de l’érosion en général, de la perception d’un état à un autre.

AB : C’est-à-dire?

BG: Pour les glaciers, par exemple, ce n’est pas moi qui me lamente, c’est plutôt le glacier qui gémit.  Et c’est ça le drame. Là où il y a de la lumière, il y a forcément aussi de l’ombre. Mais tout ce révèle justement aussi dans la lumière et c’est cela qui est extraordinaire! Même les ruines se dégradent, n’est-ce pas? Je cherche à comprendre ce qui se passe de l’intérieur, au plus profond…. Je sonde l’esprit des lieux  et l’âme des peuple. C’est ça qui me passionne!

AB: Donc, vous repensez le monde et l’humanité?

BG: Oui, mais pas seulement. J’examine aussi l’architecture et les vastes phénomènes qui mettent en danger sa pérennité. Je pense que nous, les artistes très engagés, sommes conscients de la fragilité de notre environnement vulnérable.

AB: La pandémie ne favorise pas particulièrement cette approche pour le moment. Vous aviez exposé l’œuvre ci-dessous en Chine.

"Calderira" (en 3 éléments) 2m61 sur 6m36
« Calderira » (en 3 éléments) 2m61 sur 6m36.
Avant la fin du temps, 150 x 100 cm, 2021, Cervin , technique mixte sur toile, (nouvelle peinture)
Avant la fin du temps, 150 x 100 cm, 2021, Cervin , technique mixte sur toile, (nouvelle peinture)

AB: Quel défi devez-vous relever face à la pandémie?

BG: Il y en a plusieurs et de taille! Malheureusement, je ne pourrai pas accompagner mon œuvre ni participer au traditionnel symposium à cause de la pandémie. Regardez bien cette œuvre ci-dessus. Elle se compose en trois parties, tandis que Rendez-nous la beauté (NdR : voir la toute première photo) elle, est en une seule pièce. Il n’y a hélas pour l’instant ni cargos, ni avions qui peuvent transporter cette œuvre monumentale. Pourquoi? Parce qu’il y a pénurie de cargos. Les avions commerciaux ne transportent pas des ‘colis’ si volumineux. En plus d’être un artiste et me consacrer à mes œuvres, je dois me creuser les méninges et jouer au logisticien.  

AB : Nous connaissons votre œuvre picturale monumentale sur la thématique du Cervin, puisqu’un article vous a été consacré dans notre hors-série #1[3]. Qu’aimeriez-vous que votre peinture ou vos photos racontent encore?

BG: L’évolution du temps! Les glaciers me passionnent autant que les déserts. Regardez et vous comprendrez ce que je veux exprimer.

Bernard Garo organise 3 à 4 fois des rencontres dans son atelier à Nyon  (cf. www.bernardgaro.com)


[1] Le fonds Blaise Cendrars est l’un des fonds les plus requis de la Bibliothèque nationale suisse, à Berne https://www.helveticarchives.ch/detail.aspx?id=165035

[2] Le magazine télévisé de l’évasion, du voyage et des découvertes ici et ailleurs Passe-moi les jumelles, est une émission hebdomadaire de la  Radio Télévision Suisse (RTS UN)vers 20h 10.

[3] Sur demande par e-mail : hello@decouverte-mag.com, nous enverrons volontiers à nos lectrices et lecteurs un PDF (5MO) du hors-série imprimé, tiré à 5000 exemplaires, C’est notre journaliste Josiane Meyer qui a interviewé Bernard Garo.