Aujourd’hui, je vous parlerai de la clarinette. Et surtout comment, tel un caméléon, elle a su intégrer de nouveaux univers musicaux. Améliorée par un facteur d’instruments allemand -J.C. Denner – autour de 1690, au fil du temps on lui rajouta des clés. En 1812 fut construit une clarinette à 13 clés. Une révolution, vous dis-je. Ce fut l’âge d’or de la clarinette. Elle fut la coqueluche de nombreux compositeurs de musique classique d’abord. En solo ou avec d’autres instruments. Avec l’avènement de la musique de Jazz, elle gagna là aussi ses notes musicales de noblesse. Mais commençons par le début…  

La clarinette camarade des autres instruments  

Il y a d’innombrables œuvres dans lesquelles la clarinette accompagne d’autres instruments, tels que le basson, le cor, le hautbois, le piano. Ici, on relèvera particulièrement l’œuvre de Claude Debussy, Première Rhapsodie pour clarinette et piano. A une tout autre époque, le public viennois de Mozart et de Beethoven raffolait de clarinette. En 1777, à Londres, lorsque Mozart entendit cet instrument qui était alors encore très rare, il développa une réelle passion pour la clarinette. Il écrivit aussitôt à son père «Oh, si seulement nous avions des clarinettes ![1] ». Beethoven, lui aussi, s’inscrivant dans les tendances de l’univers musical de son temps voulait plaire aux goûts de son public. Il composa donc son trio pour clarinette, violoncelle et piano. Brahms en fit autant… même trio, mais œuvre totalement différente. Enumérer toutes ces œuvres composées pour la clarinette dépasserait mon propos.

Un célèbre solo de musique classique

La Symphonie no 2 en mi mineur op. 27 de Sergueï Rachamaninoff est non seulement la plus jouée des trois symphonies créées, mais c’est encore la plus populaire. Pourquoi? Parce qu’au bout de la 31e minute de cette œuvre, il se joue un solo pour clarinette. D’ailleurs, l’un des plus longs dans l’histoire des symphonies. Sa composition pour la clarinette est remplie de nombreuses difficultés mettant souvent à l’épreuve les capacités musicales: de maîtrise du souffle du soliste, mais aussi brio de l’intonation, de nuances et de subtilités mélodiques.

La clarinette, un caméléon musical?

Dans une répétition, Ross Gorman (1890-1953), un célèbre virtuose de la clarinette fit un brillant glissendo pour quasi préfacer la Rhapsody in Blue de George Gershwin. Les premières mesures de la clarinette évoque l’esprit et l’époque de New York des années 1920. Très nombreux sont tout au long du 20e et du presque premier quart du nôtre les solistes célèbres énumérés sur la Toile. Encore qu’ils sont loin de les figurer tous.

20 ans avant les tubes mentionnée par Philippe Monnier (cf. https://www.decouverte-mag.com/category/art-de-vivre-culture/musique-chroniques-musicales/, soit en 1961, Mister Acker Bilk vendit 1 million 160’000 single de son Stranger on the shore. Regardez et écoutez:

La fabuleuse aventure d’Acker Bilk

De son vrai nom Bernard Stanley, plus personne ne sait pourquoi il voulut se prénommer Acker. En effet, moins de 600 personnes dans le monde ont reçu cet étrange prénom. Preuve qu’il est rare. Rare fut cependant l’aventure musicale qui allait le porter en 1961 au sommet des hit-parades en dépassant en chiffres de ventes les vedettes de l’époque, tels Elvis Presley, Rolling Stones et les Beatles. Son single Stranger On the Shore, composé en l’honneur de sa fille Jenny et que vous venez d’écouter fut vendu à plus de 1,16 million d’exemplaires et plus tard, sur You tube, fut écouté des millions de fois. Succès phénoménal que rien pourtant ne prédestinait. Jugez plutôt. En 1949, Acker avait à peine 20 ans. Faisant son service militaire alors obligatoire au service de Sa Grâcieuse Majesté, il était stationné en Egypte[2]. En pleine chaleur, il apprit à jouer de la clarinette avec détermination et persévérance. Il fut d’ailleurs si brillant dans son apprentissage de cet instrument qu’il en devint un véritable virtuose. Démobilisé, il rapporta en Angleterre l’instrument qu’il avait emprunté. Et, au culot, il monta un groupe de jazz: l’Acker Bilk and his Paramount Jazz Band.  Réécoutez son tube et regardez cette fois son look vestimentaire. Acker se singularisait par ses gilets et ses chapeaux melon! Il avait aussi un immense sens de l’humour… britannique, évidemment! Il s’est éteint à Londres à l’âge de 85 ans.

La clarinette au service d’un conte musical

Je vous propose un très bref intermède musical avant que vous puissiez vous plonger dans les arcanes de cet instrument plein de potentiel. En 1936, le compositeur russe Sergueï Prokofiev a composé la musique de son texte Pierre et le Loup.  Dans ce conte musical pour enfants, chaque instrument joue le rôle d’un animal. La clarinette incarne à merveille le chat aux pattes de velours.

Comment joue-t-on de la clarinette?

Raphaël Sévère1, est un jeune (né 1994) virtuose français de la clarinette. C’est aussi un compositeur. Il nous montre toutes les fabuleuses subtilités de son instrument. Regardez: 

Changeons de style et d’image

Voici un dessin animé sur l’œuvre ultra moderne de Guillaume Connesson2 , mise en images par le célèbre artiste Grégoire Pont qui est aussi, bien sûr, un clarinettiste très connu.

L’avenir de la musique

Trouver de nouveaux moyens d’expression musicale. C’est le défi que souhaite relever l’électron libre de la musique, classique ou non. Le Suédois Martin Fröst compte, lui aussi, parmi les meilleurs clarinettistes de notre temps. Il a remporté de nombreux prix de virtuosité. «Nous apprenons la musique sans laisser place à la créativité.», dit-il, et il explique pourquoi.

Regardez:

Cet exceptionnel virtuose et chef d’orchestre nous propose d’explorer la musique dans toutes sa diversité dans des styles totalement différents et de musique classique.

Et la musique de film alors?

Je pense sincèrement que la spécialiste du cinéma Meryl Moser  (cf. par exemple https://www.decouverte-mag.com/ce-nest-quun-au-revoir/) vous en parlera mieux que moi. Espérons qu’elle réponde au souhait de la rédaction.


1 https://www.francemusique.fr/personne/raphael-severe

2 https://www.youtube.com/watch?v=PQfdqshPVqQ


[1] Vous trouverez toutes les lettres que Mozart écrivit à son père sous https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96320q.image

[2] Les troupes britanniques restèrent stationnées dans la zone du canal de Suez jusqu’en février 1956.