Quelque part en Suisse romande. Je ne sais plus trop le nom du village. Qu’importe d’ailleurs, puisque j’y suis arrivé. Grand espace vert. Ouvert. Un homme. Fin cinquantaine sans doute. Barbichette blanche. Chignon. L’artiste dans sa pure élégance. Les beaux-arts sont indéniablement son univers. Regard bienveillant, yeux pétillant de bonté.
Après les présentations, il m’emmène dans une grande pièce où sont accolées une bonne trentaine de toiles. Il m’en sort une assez grande du lot en me disant :

– Regardez bien…

Ce regardez bien! sera une ritournelle dont je garderai longtemps le souvenir. Et je réaliserai plus tard que j’ai eu là une magistrale initiation à la peinture.

– Tiens ! Picasso, mais en plus joli ! Oups, cela m’est sorti du fond du cœur, dis-je un brin gêné à mon interlocuteur.
– Le peintre en question en avait une grande estime, de même qu’à Chaplin et il en a d’ailleurs fait un tableau, me fait-il avec un grand sourire.
Contemplation de cette première œuvre bien regardée, puisque c’est le souhait du maître ès arts d’aujourd’hui.
Puis, sortant la toile suivante, nouveau conseil amical:

– Et maintenant, regardez bien…

Cortège funéraire, un tableau de Francis Eula, peintre français.

– Ben, cette fois, c’est un tout autre peintre, non ?
– Non ! C’est le même ! Et qui a écrit : “Lorsque je peins un tableau, si c’est la mer, je sens l’odeur de l’iode ; si ce sont des poissons, je sens l’odeur de la bouillabaisse ; si c’est un maréchal-ferrant, je sens l’odeur de la corne brûlée ; si je ne sens rien, c’est que mon tableau n’est pas réussi”.
– Et qui est ce peintre?
– Le peintre de Cassis… Une célébrité : Francis Eula !

À suivre…