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Du nouveau pour la DMLA  

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L’acronyme DMLA fait souvent encore un peu peur. De plus en plus de lecteurs sont ravis du regard qu’apporte André Mermoud, le professeur au grand cœur, sur les progrès réalisés par la médecine ophtalmologique. Yves Rebaud a poursuivi sa série d’entretien avec lui et cette fois, cet éminent chirurgien nous révèle des éléments nouveaux et cruciaux sur la dégénérescence maculaire liée à l’âge. La Rédaction

YR : Professeur Mermoud, dans la dernière interview que vous m’avez accordée, vous avez appris à nos lecteurs comment la lumière influence la santé oculaire et comment prévenir ou traiter certaines maladies liées à un dérèglement de l’horloge interne, comme le glaucome ou la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA)

Brossez-nous quelques traits sur cette bien étrange maladie des yeux.   

AM : La DMLA est une pathologie oculaire affectant la vision centrale en endommageant la macula, soit la zone centrale de la rétine. Cette pathologie peut avoir un impact négatif sur le cerveau, car elle réduit la quantité et la qualité des informations visuelles transmises au cortex visuel, la région du cerveau responsable du traitement de la vision. 

La rétine est la couche de cellules nerveuses qui tapisse le fond de l’œil et qui transforme la lumière en signaux électriques envoyés au cerveau.

YR : Donc, la DMLA est une maladie qui menace la vision centrale. Or, la macula est précisément la partie de la rétine permettant de voir les détails, les couleurs et les contrastes. Elle est indispensable pour lire, reconnaître les visages, voir les paysages ou conduire un véhicule. La DMLA est donc une maladie ayant forcément un impact important sur la vie des personnes qui en souffrent et que faire alors ?  

AM : Oui, mais cette pathologie n’est pas une fatalité !  Même si elle se manifeste par une baisse progressive de la vision centrale, qui devient floue, déformée ou obscurcie par une tache sombre, la vision périphérique, – elle, en revanche –, reste intacte.  

YR : La DMLA n’entraîne donc pas une cécité totale ? 

AM : Non, mais elle réduit considérablement la qualité de vie des personnes atteintes, en les empêchant de réaliser certaines activités quotidiennes ou de profiter de leurs loisirs. Toutefois, grâce aux progrès de la recherche, des traitements existent pour ralentir sa progression et préserver la vision. Grâce à l’accompagnement des professionnels de santé, des associations et des proches, les personnes atteintes de DMLA peuvent s’adapter à leur situation et continuer à vivre pleinement. 

YR : Quelles sont donc les causes de cette grave maladie des yeux ?  

AM : Elles sont encore mal connues. Pourtant, il existe des facteurs de risque favorisant son apparition ou son aggravation. L’âge est le principal facteur de risque. La DMLA apparaît généralement après 50 ans, et sa fréquence augmente avec l’âge. D’autres facteurs de risque sont le tabagisme, l’hypertension artérielle, le cholestérol, l’obésité, les maladies cardiovasculaires, la race (les personnes à la peau claire sont plus touchées), les antécédents familiaux et l’exposition au soleil sans protection. Il existe également des facteurs génétiques qui rendent certaines personnes plus susceptibles de développer la DMLA. 

YR : Vous dites « peau claire ». N’y a-t-il donc pas de DMLA sur les continents où vous exercez votre œuvre humanitaire, en Afrique et en Inde ?  

AM : Certes, la DMLA est la première cause de malvoyance chez les sujets âgés de plus de 50 ans dans les pays développés. Là, elle touche tout de même 25 à 30 millions de personnes. Toutefois, la DMLA n’est pas une maladie exclusivement occidentale. Elle existe bien évidemment aussi dans les pays en développement où elle représente un défi majeur pour la santé publique. En Afrique, la prévalence de la DMLA est estimée à environ 8 % chez les personnes de plus de 40 ans, et représente environ 20 millions de personnes. La DMLA est la deuxième cause de cécité après la cataracte dans cette région du monde. Les facteurs de risque de la DMLA en Afrique sont similaires à ceux des pays développés, tels l’âge, le tabagisme, l’hypertension, le diabète ou l’exposition au soleil. Cependant, il existe aussi des facteurs spécifiques à l’Afrique, comme les infections parasitaires, les carences nutritionnelles, le manque d’accès aux soins ou la faible sensibilisation à la maladie. Le traitement de la DMLA en Afrique est limité par le coût élevé des médicaments, le manque d’infrastructures et de personnel qualifié, et la difficulté à assurer le suivi des patients 

YR : Parce que cette maladie implique un suivi, n’est-ce pas ? Et en Inde ?  

AM : L’ophtalmologue des personnes atteintes de DMLA doit les suivre régulièrement afin de surveiller l’évolution de leur maladie et au besoin d’adapter le traitement. Ces patients doivent également pratiquer le test de la grille d’Amsler chez elles, une fois par semaine, pour chaque œil séparément, afin de détecter rapidement toute modification de leur vision.  

Grille d’Amsler 1 

En cas de doute ou d’aggravation, elles consulteront leur médecin sans attendre. La DMLA nécessite un suivi médical régulier et un traitement adapté. Il existe également des moyens de prévenir ou tout au moins de retarder son apparition. Il est nécessaire d’entreprendre des dépistages précoces. Quant à votre question sur l’Inde, je dois malheureusement vous dire que le traitement de la DMLA en Inde est confronté aux mêmes obstacles qu’en Afrique, autrement dit, au coût des médicaments, au manque de ressources, de formation et à la difficulté à suivre les patients. En Inde, la prévalence de la DMLA est estimée à environ 7 % chez les personnes de plus de 50 ans, soit environ 34 millions de personnes. La DMLA est la troisième cause de cécité après la cataracte et le glaucome dans ce pays. Les facteurs de risque de la DMLA en Inde sont également liés à l’âge, au tabagisme, à l’hypertension, au diabète ou à l’exposition au soleil. En outre, il existe des facteurs génétiques qui rendent les Indiens plus susceptibles de développer la forme humide de la DMLA, qui est plus sévère et plus rapide que la forme sèche.   

YR : Y a-t-il des moyens pour restaurer la vision ? Et quels sont les traitements ? 

AM : Pour l’instant, il n’existe pas de traitement curatif de la DMLA, ni de moyen de restaurer la vision perdue. Le traitement de la DMLA vise à préserver la vision et à ralentir l’évolution de la maladie. Le traitement dépend de la forme de la maladie. Comme je viens de le dire, il existe deux formes de DMLA : la forme sèche et la forme humide.  Pour la forme sèche, il n’existe pas de traitement spécifique, mais il est recommandé d’adopter une bonne hygiène de vie, en finir avec le tabagisme, contrôler sa tension artérielle et son cholestérol, maintenir un poids normal, faire de l’exercice régulièrement, etc. Il est également recommandable de prendre des compléments alimentaires riches en antioxydants, en zinc et en acides gras oméga-3, qui peuvent réduire le risque de progression de la maladie. Pour la forme humide, il existe des traitements médicamenteux qui consistent à injecter dans l’œil des substances anti-angiogéniques, bloquant la croissance des néovaisseaux et les fuites de liquide. Ces injections doivent être répétées régulièrement, selon le protocole établi par l’ophtalmologue. Il existe aussi des traitements au laser visant à détruire les néovaisseaux par la chaleur ou à les rendre moins perméables par l’activation d’un médicament photosensible.  

YR : Ces traitements au laser ne sont-ils pas dangereux ?  

AM : Dans certains cas, ils pourraient endommager les tissus sains autour des néovaisseaux tant et si bien que l’on s’en sert moins que les injections. Et puis les traitements anti-VEGF2 contre la DMLA humide ont connu des avancées notables.  

YR : Les anti-VEGF sont des médicaments, n’est-ce pas ?  

AM: Oui, ce sont des médicaments qui bloquent le facteur de croissance endothélial vasculaire (VEGF), une molécule qui stimule la formation de nouveaux vaisseaux sanguins. Nous autres ophtalmologues les utilisons pour traiter certaines maladies oculaires, telle la DMLA ou la rétinopathie diabétique, causées par une croissance anormale des vaisseaux sanguins dans la rétine.  

 Ils peuvent avoir des effets secondaires, comme une hypertension artérielle, une protéinurie ou des irritations cutanées. Il convient dès lors de les utiliser avec précaution et surtout sous surveillance médicale. 

YR : A terme, l’usage des anti-VEGF pourrait-il réduire la fréquence des injections ?   

AM : Oui, car de nombreuses recherches s’attellent à améliorer encore ces bons résultats. L’objectif avoué des nouveaux médicaments anti-VEGF est notamment de réduire la fréquence des injections, voire de les supprimer totalement.  

YR : Plusieurs études ont montré que la DMLA est associée à un risque accru de démence, une maladie neurodégénérative qui affecte la mémoire, le langage, le raisonnement et d’autres fonctions cognitives. Qu’en pense l’ophtalmologue que vous êtes ?  

AM : Le mécanisme exact qui explique ce lien n’est pas encore élucidé, mais il pourrait impliquer des facteurs communs, tels que le vieillissement, le stress oxydatif, l’inflammation, les maladies cardiovasculaires ou le diabète. La DMLA peut également entraîner des modifications structurelles et fonctionnelles du cerveau, notamment une réduction du volume de la matière grise, une altération de la connectivité entre les différentes régions cérébrales et une diminution de l’activité du cortex visuel2. Ces changements peuvent affecter la capacité du cerveau à s’adapter et à compenser la perte de vision, ainsi que sa plasticité et sa réserve cognitive. Il y a encore une quinzaine d’années, il n’existait aucun traitement contre la DMLA. Ainsi, près de deux personnes sur trois atteintes de DMLA humide perdaient la vue dans les deux ans suivant le diagnostic de leur maladie. Les traitements anti-VEGF ont permis de réduire considérablement le taux de cécité chez les malades. 

YR : Avons-nous fait le tour du problème ?  

AM : Pas le moins du monde, il y a encore beaucoup d’éléments nouveaux à vous présenter, mais cela ce sera pour une prochaine fois.  

à suivre  

Appel de la rédaction à soutenir l’œuvre caritative du professeur André Mermoud : de nombreuses existences peuvent être sauvées de la cécité. Offrez-leur une chance en contribuant aux efforts du professeur Mermoud. 

Crédit Suisse Lausanne  : IBAN CH09 0483 5030 8133 9100 0 Fondation Vision for All, Lausanne.  

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