Plus les gens ont de choix, plus ils sont libres! C’était du moins, grosso modo, le crédo de notre civilisation occidentale de l’avant-pandémie. Plus libres? Et si nous étions plus libres, serions-nous du coup aussi plus heureux comme ce crédo le laisse entendre? Est-ce encore vrai?

Dans de très nombreux domaines de la vie, il y a même une explosion de choix. Internet nous propose des millions d’alternatives lorsqu’il s’agit d’informations ou de divertissements. Il y a, dans le monde, des centaines de milliers de propositions de rencontres sur les sites numériques de rencontres. On a à sa disposition une incroyable multitude de choix. N’importe quand, car vous pouvez aller sur le Web à toute heure et surtout depuis n’importe où. Depuis un camping au beau milieu de la France profonde, sur la Méditerranée à bord d’un Star Clipper, d’une station balnéaire ou de montagne valaisanne, comme s’il n’y avait pas assez de choix de rencontres dans ces milieux-là.

La liberté de choisir et son paradoxe

La mire télévisuelle.

Cette incroyable liberté de choix dans les rencontres possibles nous impose de choisir encore et toujours. Le monde du milieu du siècle dernier ne nous offrait pas beaucoup de choix. Certes, il y en avait, mais on ne pouvait pas tout choisir. Par exemple, la télévision de ma toute petite enfance s’éteignait à minuit et il y avait une mire.

Cela signifiait qu’il fallait attendre le lendemain pour voir d’autres émissions. Même nos quadragénaires actuels n’ont jamais connu cela.

Aujourd’hui, avoir beaucoup de choix offre évidemment des avantages incontestables. Mais avoir trop de choix présente toutefois trois inconvénients.

Premier inconvénient

L’embarras du choix débouche paradoxalement sur une paralysie dans l’action. Prenons un exemple, vous recherchez un compagnon ou une compagne de vie. Les sites de rencontres vous proposeront à un jour précis 36 rencontres amoureuses potentielles et le lendemain 42 autres. Lorsque vous les aurez rencontrés tous ou toutes, vous aurez soudain beaucoup de difficultés à vous déterminer. Et vous enverrez votre décision aux Calendes grecques. Cette procrastination est une conséquence normale au fait d’avoir trop de choix.

Deuxième inconvénient

Même si vous arrivez à surmonter votre procrastination et donc de choisir, vous allez finalement être plus insatisfait(e) que si vous aviez eu moins de choix. Imaginez un peu. Ces sites de rencontres en ligne vous proposent une multitude de partenaires potentiels. Vous aurez des contacts si faciles et une ‘consommation’ (excusez du peu et surtout du terme), pratiquement immédiate avec l’un ou l’autre des prétendant(e)s. Ils ont bien évidemment tous et toutes des caractères et des qualités et des défauts différents. Si vous arrivez à vous prononcer, plus tard, il vous viendra à l’esprit que vous auriez peut-être faire un autre choix. Ces alternatives imaginées, voire totalement fantasmées, vous feront alors regretter votre décision. Sachez qu’il en ira peut-être de même chez votre prétendant(e).

Moralité: plus il y a de choix, plus il est facile de regretter les aspects décevants de son choix. C’est ce que l’on appelle en psychologie le coût de l’opportunité.

Comparaison n’est pas raison

À droite ou à gauche? Avoir le choix.

La valeur que nous donnons aux relations amoureuses ou autres dépendra évidemment de ce à quoi on les compare. S’il y a de fort nombreuses options, vous aurez autant de dilemmes. Il est facile d’imaginer les bons côtés des éventualités que vous avez rejetées. En même temps, vous risquerez d’être moins satisfait(e) des alternatives que vous avez choisies. En plus, l’imaginaire peut changer d’un sexe à l’autre.

Consolez-vous, d’une manière générale, lorsque vous choisissez de faire quelque chose, vous avez également l’option de ne pas en faire d’autres qui peuvent être très attirantes.

Troisième inconvénient

A mon avis, le troisième inconvénient est le pire. On pourrait le dénommer le niveau des attentes. Ajouter des options à la vie des gens augmente fortement leurs attentes sur la qualité de chaque option.

Aujourd’hui, en matière d’attentes relationnelles, avec autant de choix disponibles comme je l’ai évoqué ci-dessus, nous attendons évidemment la perfection de nos partenaires possibles, réels ou potentiels. Et gare, s’il ou elle n’atteint pas la perfection! Lorsqu’il y a tellement de choix de partenaires et que vous faites un choix qui, finalement vous déçoit, vous êtes tellement déçu(e), parce que vous vous dites qu’au fond, vous auriez pu faire mieux. Faut-il alors avoir de faibles attentes? Une faible attente serait-elle le secret du bonheur?