Notre professeur au grand cœur, directeur des Centres ophtalmologiques Swiss Visio et fondateur de la Fondation Vision for All, consacre une part significative de son temps à des missions humanitaires en Afrique et en Inde, où il apporte non seulement des soins médicaux essentiels, mais aussi de l’espoir et du réconfort à des communautés souvent démunies. Il y construit aussi des hôpitaux. Son dévouement inlassable et son empathie touchent profondément les vies de ceux qu’il aide, faisant de lui une véritable source d’inspiration. Pour la première fois en vingt ans, il s’est enfin accordé une dizaine de jours de vacances au Costa Rica. Il partage avec nous ses moments forts.et notamment comment il a réussi à sauver une vie en plein vol. Un récit saisissant ! La rédaction
Considérons l’existence comme une offrande inespérée sous une cloche de verre, débordante de surprises. Nous avons alors le choix entre la contempler avec envie ou bien la soulever entièrement. Dans le premier cas, nous ne prenons aucun risque. Dans le second, lorsque nous aspirons à vivre pleinement notre vie, nous acceptons d’en prendre en toute conscience, sachant qu’ils sont inévitables et nécessaires à notre croissance. Soulever la cloche signifie non seulement apprendre à savourer chaque instant de la vie, mais aussi à embrasser les échecs comme des opportunités d’apprentissage et, surtout, à relever les défis avec courage et détermination. En d’autres termes, le monde est assurément une symphonie de hauts et de bas que nous offre l’existence, et dont nous sommes les acteurs principaux. Voilà aussi pourquoi mon livre Never give up- N’abandonne jamais[1] ne sera pas un roman, mais un récit d’événements marquants.
C’est dans cet esprit-là qu’au bout de vingt ans, –après plusieurs missions humanitaires aussi difficiles que fatigantes– que je me suis accordé enfin en février 2025 une douzaine de jours de vacances. Avec des amis et des connaissances, j’ai partagé quelques délicieuses journées au Costa Rica.
La forêt pluviale du Costa Rica est un endroit magique pour un amoureux de la nature que je suis
Notre hôtel se situait justement dans cette forêt pluviale qui est un véritable trésor de biodiversité et de beauté naturelle. Les forêts pluviales sont particulièrement riches en biodiversité et sont parmi les écosystèmes les plus productifs du monde, puisqu’elles abritent quelque 10 000 espèces de plantes et d’arbres, ainsi qu’une faune incroyablement variée comprenant des mammifères, des reptiles, des amphibiens, des poissons et des oiseaux.
A l’hôtel, au petit déjeuner, se présentait cet étrange mammifère.

Je n’en avais jamais vu de pareil ni en Afrique ni en Inde. Il venait réclamer sa pitance aux serveurs de l’hôtel, puis regagnait un arbre tout proche en dégustant un gros morceau de mangue.

Omnivore, le coati se nourrit de fruits, champignons, lézards, oiseaux, insectes, fourmis et termites. Dans le même arbre vivait d’ailleurs l’emblème du Costa Rica, le toucan.
C’est sur ce bateau, le Star Clipper que nous embarquâmes ensuite et qui nous permettra de découvrir la côte du Pacifique.

La Corobici dans la province du Guanacaste que nous longeons, présente elle aussi une végétation luxuriante et une abondante faune.


Il y a des plages écrasées de soleil et d’une beauté extraordinaire.

La navigation à bord de ce grand voilier m’enchante et j’y trouve vraiment le repos.
A bord, je joue aussi souvent pour mon propre plaisir au piano.

Peut-être ne sera-ce qu’un au revoir ? Demain, à cette heure tardive, nous serons tous dans l’avion.
Un drame se prépare
L’envol de notre Airbus 340-300 se passe correctement. Alors que nous sommes partis à l’aller en classe économique, autant ma compagne que moi avons maintenant deux lits plats en classe affaires. Malheureusement, alors qu’à l’aller, la nourriture était exquise, au retour, elle n’est –paraît-il – guère goûteuse. Je ne m’en rends pas vraiment compte, car j’ai opté pour la formule « qui dort dîne ». L’expression “qui dort dîne” signifie que le sommeil peut remplacer un repas, en apaisant la sensation de faim. Cette locution trouve ses origines au Moyen Âge, où les voyageurs qui voulaient dormir dans une auberge devaient également y dîner, sous peine de se voir refuser le gîte. Avec le temps, cette expression a pris un sens figuré, suggérant que le sommeil peut nourrir celui qui n’a pas à manger, en lui permettant d’oublier sa faim. Elle est également utilisée pour souligner l’importance du repos et du sommeil pour la santé. A notre retour, nous devons en effet tous les deux être reposés et fringants, prêts à conquérir la journée, car tôt le matin déjà nous attendent des opérations à pratiquer.

En classe économique, il s’avère qu’elle est même immangeable ! Sonia qui faisait partie de notre groupe en a mangé trois bouchées, dégoûtée. Mal lui en a pris malheureusement, car quelques minutes après ces trois bouchées, elle développe une puissante allergie. Ses paumes des mains la démangent intensément. Elle a une sensation de malaise, sa tension artérielle chute. Elle a une urticaire géante qui commence aux bras et se propage sur tout le corps. Sa langue a grossi exagérément et elle a une défaillance respiratoire. Tout cela je l’apprends à mon réveil. C’est Sabine qui fait également partie de notre groupe d’explorateurs du Cosa Rica, si je puis dire, qui m’en fait part en s’excusant de me réveiller. En effet, le très jeune médecin à bord est quelque peu paniqué et aurait besoin qu’un confrère plus aguerri lui prête main forte. Il est deux heures du matin, je fatigue encore, mais mon devoir de médecin m’appelle et me tient à cœur. Ne nous inculquons-nous pas qu’un bon médecin doit posséder plusieurs qualités essentielles ? Il doit avoir une solide formation scientifique et se tenir à jour avec les dernières avancées médicales. Un bon médecin sait écouter ses patients, comprendre leurs préoccupations et montrer de l’empathie. Il explique clairement les diagnostics et les traitements, en utilisant un langage compréhensible pour le patient. Il est disponible et sait prendre des décisions éclairées. Sabine sait de quoi elle cause, car elle aussi a été victime d’un choc anaphylactique et il semble que mon jeune confrère serait rassuré en m’ayant à ses côtés.
12 000 mètres sur l’Atlantique, le pronostic vital est engagé
Le choc anaphylactique est une réaction allergique systémique générale. Il se manifeste rapidement après l’exposition à un allergène et peut entraîner une défaillance respiratoire léthale. Sonia est assise sur le très large siège des hôtesses dans la zone entre la classe affaires et prémium économique. Les 290 passagers à bord n’ont rien remarqué. Nous étions le tiers de ce nombre à bord du Star Clipper. Un masque à oxygène a provisoirement recouvert le visage de Sonia. Au début, en dépit de ce masque, elle ne réagissait pas. Voilà pourquoi mon jeune confrère m’a fait appeler. L’une des hôtesses de l’air a déjà préparé le matériel nécessaire pour la perfusion intraveineuse. Il s’agit de trouver une bonne veine dans le bras de Sonia, ce qui ne s’avère toutefois pas aussi facile que cela. Mon confrère sait qu’il faut faire vite, sinon Sonia risque à tout moment de passer de vie à trépas. Voilà pourquoi il est très nerveux. Je l’aide de mon mieux. Un garrot est placé autour du bras pour faire gonfler la veine. Mon confrère réussit finalement à insérer le cathéter dans la veine et une fois celui-ci en place, il retire l’aiguille, laissant le cathéter dans la veine. Nous fixons ensemble le cathéter à la peau avec du ruban adhésif pour éviter tout déplacement. La tubulure de perfusion est connectée au cathéter et à la solution à perfuser, puis nous retirons soigneusement le garrot. Mon confrère actionne une pompe[2] qui régule le débit de la perfusion. L’adrénaline (épinéphrine) est la substance la plus couramment administrée par cathéter lors d’un choc anaphylactique. Elle est essentielle pour traiter cette réaction allergique grave, car elle aide à réduire les symptômes en augmentant la pression artérielle, en relaxant les muscles des voies respiratoires et en réduisant l’œdème. En l’occurrence, la perfusion contenait aussi des antihistaminiques et des corticoïdes.
Nous deux médecins surveillons Sonia pour détecter toute réaction indésirable et nous nous assurons que la perfusion se déroule correctement.
Sonia a retrouvé des couleurs
Ouf ! Il s’en est fallu de peu. À cet instant enchanteur où l’épinéphrine fait son œuvre, c’est comme si la vie elle-même reprenait son souffle, ramenant l’espoir et la lumière là où l’ombre menaçait de tout engloutir. Ce sont-là les instants magiques qui m’enchantent dans ma profession de médecin. Dès que je suis apparu, Sonia s’est tout de suite montrée rassurée. Après l’intervention, elle manifesté sa reconnaissance. Le médecin à bord lui retirera le cathéter peu avant d’atterrir. Sonia pourra dire que non seulement elle revient du Costa Rica, mais aussi de loin… Quant à moi, bien que j’aie dû faire faire face à des milliers d’urgences dans ma longue carrière de médecin, jamais jusque-là je n’ai eu l’occasion d’en accompagner une à douze mille mètres d’altitude. Merci la Vie !
[1] NDLR : C’est avec plaisir que nos lecteurs suivent l’évolution de sa rédaction. Il va sans dire que ce ne sont -là que de toutes petites parties de son captivant ouvrage
[2] L’EpiPen est l’un des auto-injecteurs d’épinéphrine les plus connus et utilisés pour traiter les réactions allergiques sévères, telles que le choc anaphylactique. On l’utilise en milieu hospitalier mais il est clair que les compagnies aériennes n’en n’ont pas toutes forcément.
