L’histoire d’une mauvaise idée qui se voulait pourtant bonne.

Cette île perdue au beau milieu de l’Atlantique-Sud a toujours été l’une des plus inaccessibles au monde. Je m’en suis rendu compte en remontant les côtes d’Afrique depuis Santa Cruz à bord du paquebot Delphin (un 5 ancres) jusqu’en Afrique du Sud. Depuis lors, le Delphin a rejoint la flotte d’Azamara et a été rebaptisé. Nous autres passagers, nous fumes alors contents de faire une escale de toute une journée sur cette île où y était ‘confiné’ Napoléon 1er il y a plus de 2 siècles, le prisonnier le plus fameux de la couronne d’Angleterre dont ce confetti dans l’océan dépend aujourd’hui encore. Ceux qui ont traversé la période du Covid 19 sauront ce que signifie le mot ‘ confinement’.

À part les paquebots de croisières qui faisaient (rarement) escale à Sainte-Hélène, il fallait se rendre à la ville du Cap (Capetown) pour embarquer sur le RMS St Helena. Ce navire-ravitailleur qui appareillait une fois par mois reliait Le Cap à Sainte-Hélène en 5 jours. Et il en fallait évidemment autant pour revenir au Cap. Construit en 1990 à Aberdeen, en Ecosse, le St. Helena aura servi pendant 26 ans en tant que ravitailleur de l’île de Sainte-Hélène et assez occasionnellement de l’île d’Ascension

Entre ratage technique et gouffre financier : les illusions perdues pour défricher de nouveaux horizons. À l’issue d’un long débat –c’était, je crois une année après notre passage en 2004– et après une consultation populaire des 4 000 insulaires, Tony Blair et son gouvernent décidèrent de faire construire un aéroport à Sainte-Hélène.

Les illusions perdues

“Désenclaver un territoire qui se vide lentement mais surement de sa population”, tel fut l’objectif officiel avancé. Il y eut naturellement un but beaucoup moins avouable qui me rappelle Honoré Balzac. En effet, il affirmait dans ses Illusions perdues: Il y a deux Histoires, l’Histoire officielle, menteuse qu’on enseigne et l’Histoire “ad usum delphini”. Puis l’Histoire secrète, où sont les véritables causes des événements, une histoire honteuse. Et cette histoire sinon secrète, du moins assez honteuse, était d’attirer le plus de touristes possibles afin que Sainte-Hélène s’autofinance. Partiellement au moins, alors qu’elle vivait quasi en permanence sous perfusion des finances publiques.
Le confetti au milieu de l’océan, qui a absolument cru au désenclavement grâce à une liaison aérienne, ne se fait plus trop d’illusion aujourd’hui, car souvent l’aéroport est impraticable en raison des vents.

Mettre la main à la poche

Le coût de la construction de l’aéroport sur l’île de Sainte-Hélène qui avait été estimé à 40 millions d’euros a finalement coûté 285,5 millions de livres sterling (environ 325 millions d’euros) aux citoyens britanniques.
Tony Blair, Gordon Brown, David Cameron et Theresa May durent affronter de lourds débats à la Chambre des Lords. Et se rendre à l’évidence que trouver une surface plane de deux kilomètres de long, sujette à accueillir de fort nombreux vols commerciaux internationaux se révélera sans nul doute impossible.
Jugez plutôt : sur cette terre volcanique au relief tourmenté, il fallut même raboter une montagne, combler des ravines, surélever le terrain de 100 mètres en utilisant plus de 7 millions de mètres cube de terre.
quant à la piste elle-même, elle se termine au nord par un à-pic impressionnant de 300 mètres sur l’océan.
Lors du vol inaugural, le Boeing 737-800 de Comair/British Airways avait dû à l’époque s’y prendre trois fois avant de pouvoir enfin atterrir.

Couloir d’aéroport désert recherche passagers désespérément.

Regardez la vidéo et vous verrez que des vents que l’on appelle cisaillants balaient intensément la piste latéralement.
Bien sûr que mes commentaires à propos des faits ont une froideur raisonnable, et surtout une logique qui ne semble pas provenir d’une expérience directe de l’actualité. Car c’est en 2004 que j’ai eu le bonheur de faire cette escale à Sainte-Hélène à bord du Delphin.
Qu’en est-il aujourd’hui ? La situation a-t-elle évolué depuis ?
Peut-être, mais alors avec les temps qui courent, la situation a même peut-être empiré.

Silence radio

J’ai posé la question à quelques autorités de Sainte-Hélène, car affectionnant cette toute petite île au milieu de l’océan, je me serai(s) alors réjoui de posséder des données et des indications plus claires et surtout actuelles. Et j’aurais fait mon boulot ‘d’aussi journaliste’.
Silence complet de leur part. Est-ce le continent qui veut cela ?
Cela me fait penser aux déclarations du président malgache Andry Rajoelina qui affirmait mercredi 8 avril 2020 avoir appris qu’un remède à base de plantes était sujet à soigner les malades du coronavirus.
Seul problème : il n’a pas du tout dit de quelles plantes il s’agissait ! Peut-être vaut-il mieux ne pas en savoir davantage. Qui sait ?

À moins d’y aller lorsqu’il sera possible de voyager à nouveau, nous n’en saurons guère plus si l’aéroport attend encore des avions susceptibles d’amener des voyageurs…