Tout n’est pas toujours parfaitement rangé sur le grand pupitre d’Alain. Loin s’en faut. Et c’est tant mieux pour moi. Comme ma mère Oona, j’ai une folle attirance pour toute sa paperasserie (pas celle d’Oona, mais celle d’Alain). Vous allez me dire que ce ne sont pourtant que des feuilles éparses. J’adore me poser de tout mon long dessus. Ou mieux, bouquins, dossiers… j’adore envoyer valser tout ça ! Oui, vraiment, je m’en donne à cœur joie. Mais je préfère encore me mettre sur le clavier de son ordinateur. En fait, dès que j’entends de la musique PET (donc pour les animaux de compagnie) ou le concerto opus 30 de violon de Moritz Moszkowski, je rapplique. C’est plus fort que moi.  C’est l’endroit le plus calme de la maison. Plus question de me fritter avec ma maman à la cuisine. Pour moi, c’est aussi le coin le plus étrange. Je comprends qu’on puisse se concentrer pareillement devant cet écran puisque je fais de même en vous écrivant. Cet engin est plus petit que la télé du salon. A la télé, je regarde des chiens qui se courent après. Là, il n’y a pas d’images qui bougent. Alain me voit venir et comme il m’aime, il me regarde en cessant de taper sur son clavier. “Bonjour ou bonsoir Aladin. Te voici. Ah quel beau chat es-tu…” me dit-il.

Bingo!

Du coup, j’ai son attention. C’est ce que je recherche, mais il ne l’a pas souvent compris. Je l’ai encore davantage lorsque je réussis à m’allonger sur le clavier dès qu’il tourne le dos. Parfois, je mets une patte ou l’autre sur les touches.  Ce que j’aime encore le mieux, c’est quand il soupire en disant : “Allez, Aladin (qu’il prononce comme Aladinheinheinhein)…. Pas là!”

Là, j’ai capté au top son attention. Ce n’est pas vraiment la source de chaleur que je recherche, car pour ça, en hiver, il y a le poêle à bois. Vous n’allez pas me croire, mais j’aime bien les ‘toc, toc, toc’ du clavier, car Alain écrit très vite. Avec la musique et cette symphonie de toc, toc, cela me berce et je ne me lasse pas de suivre les baguettes noires que j’observe lorsqu’il m’a enlevé avec précaution du clavier. Son erreur, c’est de me parler… car c’est justement ce que j’attends de lui. L’attention de son humain, il paraît que l’on n’en a jamais assez. Alors, bon prince, j’accepte de m’installer où il m’a fait une petite place, au milieu des papiers. Le gros code civil me sert de coussin…Et puis, il y a sa souris qui me nargue… Je ne résiste pas à mettre une patte dessus. Alors, il rigole. C’est chou.

Aladin le malin illustré par Aline Quod.
Aladin le malin illustré par Aline Quod.

Alors, là aussi, c’est plus fort que lui, il me gratouille le cou et me caresse tout le long de mon pelage que j’ai évidemment épais. Je suis au comble du bonheur lorsqu’il va me chercher un coussin. Le paradis sur terre! Il paraît qu’il y a dans toute l’Europe des mecs qui obligent d’autres mecs et des dames à faire du télétravail. J’ose m’imaginer alors combien de minets nous sommes pour inspirer nos mécènes. L’efficacité d’Alain ne vient pas de lui, mais bien de moi, soyez-en sûr!