Il y a 14 ans …un miracle incroyable et pourtant vrai !

23 juillet 2012 –Agullana, en Catalogne. Les flammes avancent sans répit, poussées par le vent, détruisant tout sur leur passage. Comme en Gironde en fin juillet 2026. Les habitants fuient. Face à un brasier incontrôlable, les Bombers de la Generalitat luttent jour et nuit pour protéger les vies humaines et les biens. L’horizon n’est plus qu’un mur de feu et de fumée. Puis, au moment où tout semble perdu, survient un fait que beaucoup, aujourd’hui encore, peinent à expliquer. Hasard, phénomène naturel ou véritable miracle ? Quatorze ans plus tard, ceux qui en furent les témoins directs continuent de s’interroger. Le comte de Grandvaux vous raconte cette histoire aussi vraie qu’extraordinaire. La Rédaction

À peine quelques kilomètres à vol d’oiseaux séparent le Domaine du Mas Sant de la France. Niché dans les paysages vallonnés de l’Alt Empordà, ce vaste domaine de 280 hectares de vignes, d’oliviers et de vergers semble avoir été façonné pour accueillir le silence. Ici, les collines ondulent sous le soleil catalan comme une mer immobile et la pierre dialogue avec la lumière depuis des siècles.

Bien avant de devenir ce lieu d’accueil d’exception qu’il est appelé à être, le Mas Sant portait déjà en lui quelque chose de plus précieux qu’un simple projet immobilier : une âme. Une âme discrète, enracinée dans la pierre, le silence et la lumière. C’est de cette présence presque intangible qu’est née sa chapelle.

Les dizaines de milliers de lecteurs qui suivent avec fidélité les chroniques du professeur André Mermoud connaissent le spécialiste mondialement reconnu du glaucome, le médecin visionnaire, le bâtisseur d’hôpitaux ophtalmiques en Afrique et sur plusieurs continents. Ils admirent le scientifique, l’humanitaire, l’homme d’action.

Peu nombreux, en revanche, sont ceux qui connaissent une autre facette de sa personnalité. Car depuis adolescent, André Mermoud porte dans son carquois une autre flèche : celle de l’architecte. Cette passion, discrète mais profonde, est longtemps demeurée dans l’ombre de son parcours médical. Pourtant, elle n’a jamais cessé de l’habiter. Au fil des années, elle s’est exprimée dans des croquis, des projets, des intuitions, puis dans des réalisations où la recherche de l’harmonie rejoint celle de la beauté.

Aquarelle du Mas Sant, demeure catalane chère au professeur André Mermoud. La transparence des couleurs et la douceur des lavis traduisent l’atmosphère paisible et lumineuse de ce lieu de retraite et d’inspiration.

Au Mas Sant, cette vocation cachée a trouvé l’une de ses expressions les plus accomplies. La chapelle n’est pas seulement une construction ; elle est l’aboutissement d’un regard, d’une sensibilité et d’une conviction profonde : certains lieux ont une âme, et l’architecture peut lui donner un visage.

Le jour où le feu s’arrêta

Le 23 juillet 2012, l’un des incendies les plus dévastateurs de l’histoire récente de la Catalogne ravagea l’Alt Empordà. Pendant plusieurs jours, les flammes progressèrent avec une violence incontrôlable. Des milliers d’hectares furent réduits en cendres. Forêts, cultures, villages et exploitations agricoles disparurent derrière un horizon de fumée et de braises. Autour d’Agullana, la montagne se transforma en un paysage spectral où les troncs carbonisés dessinaient les contours d’un monde disparu.

Puis survint l’inattendu. Au seuil même du Domaine du Mas Sant, l’incendie s’arrêta. Sans explication véritable. Sans obstacle apparent. Comme si une frontière invisible avait été tracée dans le paysage. Les pompiers parlèrent de circonstances favorables. Les habitants évoquèrent la chance. D’autres, plus discrets, y virent un ‘signe’.

Quelle qu’en soit la raison, une certitude demeura : le domaine avait été épargné. Et ce miracle silencieux allait trouver sa traduction dans la pierre.

A droite, vue extérieure sur les vitraux réalisés par le célèbre artiste, peintre et verrier fribourgeois André Sugnaux

André Mermoud ou l’architecture de la gratitude

Profondément marqué par cet événement, le professeur André Mermoud imagina l’édification d’une chapelle. Ceux qui le connaissent à travers ses réalisations médicales ignorent parfois qu’il nourrit depuis toujours une véritable passion pour l’architecture. Chez lui, la science et la création procèdent d’une même démarche : comprendre, construire, élever.

Cette chapelle est sans doute l’expression la plus intime de cette vocation silencieuse. Non pas un édifice religieux au sens traditionnel du terme. Encore moins un monument commémoratif.

André Mermoud voulait créer un geste de reconnaissance. Une offrande architecturale adressée à ce que chacun nomme selon sa sensibilité : la Providence, le destin, la nature, Dieu ou simplement la VIE.

Architecte autant que visionnaire, André Mermoud dessina un bâtiment d’une remarquable sobriété. Rien d’ornemental. Rien de démonstratif. L’édifice s’élève par ses proportions plutôt que par ses dimensions. Les lignes y sont pures. Les volumes rigoureux. La verticalité conduit naturellement le regard vers le ciel.

Dans cette architecture inspirée peut-être de l’esprit cathare, la pierre catalane retrouve sa vocation première : faire naître le sacré sans jamais l’imposer. La chapelle du Mas Sant n’exprime pas une croyance. Elle incarne tout simplement une gratitude.

L’acoustique de la chapelle

Une chapelle, telle que celle construite au Mas Sant n’est pas seulement un lieu de silence et de prière. Elle est aussi un espace où la musique trouve naturellement sa place, qu’il s’agisse du chant, de la voix parlée ou d’instruments. Dans un tel édifice, l’acoustique joue alors un rôle essentiel : elle prolonge les sons, leur donne profondeur et chaleur, et permet à chaque note de se déployer dans l’espace avec harmonie. Lorsqu’elle est réussie, l’acoustique ne se contente pas d’amplifier la musique ; elle l’enveloppe d’une dimension presque spirituelle, créant une communion subtile entre l’architecture, les artistes et les auditeurs.

André Mermoud n’est pas seulement médecin, bâtisseur et humanitaire. Il possède aussi une véritable âme de musicien. Dès lors, il ne suffisait pas que sa chapelle soit belle à regarder ; elle devait également être belle pour écouter. Le son devait y trouver sa juste place, porter la parole, soutenir le chant et faire vibrer l’espace avec harmonie. C’est pourquoi l’acoustique de la chapelle a longtemps constitué pour lui une préoccupation majeure.

Avant la construction, il avait soumis sa conception à un ingénieur spécialisé en acoustique afin d’en évaluer les caractéristiques. Cependant, celui-ci a estimé que les calculs théoriques étaient extrêmement complexes en raison de la géométrie particulière du bâtiment. En effet, les voûtes, dômes, hauteurs importantes et volumes irréguliers rendaient a minima toute prévision très incertaine. Ainsi cet ingénieur conseilla à André Mermoud de s’attaquer d’abord à la construction de cet édifice, puis d’adapter éventuellement son acoustique en fonction des résultats observés. Son avis était qu’il est toujours possible de diminuer une réverbération excessive grâce à des matériaux absorbants, alors qu’il est beaucoup plus difficile d’améliorer une acoustique défaillante après coup.

À la surprise générale, les premiers essais se révélèrent particulièrement concluants. Des musiciens expérimentés, habitués aux grandes salles de concert comme aux lieux de culte, qualifièrent même l’acoustique de la chapelle de presque parfaite. Cette appréciation fut une immense joie pour André Mermoud. Mais peut-être y a-t-il davantage qu’une simple réussite architecturale. Édifiée en signe de reconnaissance après l’incendie qui s’était miraculeusement arrêté aux limites du domaine, je l’ai dit plus haut, la chapelle du Mas Sant était déjà un remerciement élevé vers le ciel. Que ce lieu soit aujourd’hui doté d’une acoustique d’une qualité exceptionnelle apparaît presque comme un retour des choses, un cadeau supplémentaire offert à celui qui avait voulu exprimer sa gratitude. Comme si la chapelle, à sa manière, rendait – elle aussi – hommage à son bâtisseur. Cette acoustique remarquablement réussie peut être perçue comme un symbole supplémentaire. Comme si le lieu, conçu pour remercier, lui rendait à son tour un discret hommage

Une hypothèse pourrait expliquer ce résultat. Dès l’origine, les proportions du bâtiment ont été définies en tenant compte du nombre d’or [1]et de rapports géométriques hérités de l’Antiquité. En effet, depuis l’Antiquité, les bâtisseurs cherchent les proportions justes, celles qui font naître un sentiment d’équilibre et de beauté. Les Grecs les ont théorisées, Gaudí les a sublimées dans la pierre, et André Mermoud s’en est inspiré dans sa propre démarche de constructeur. Les époques, les ambitions et les réalisations diffèrent profondément, mais demeure une conviction commune : l’harmonie est moins le fruit du hasard que celui d’une quête patiente et réfléchie.

André Mermoud a connu une expérience semblable dans la chapelle qu’il a fait construire au Sénégal. Celle-ci présente des murs plus épais ainsi qu’un ensemble de plusieurs demi-dômes complété par un dôme central. Cette architecture engendre une résonance encore plus marquée. Lorsqu’une personne chante seule, sa voix paraît amplifiée de manière étonnante, comme si plusieurs chanteurs l’accompagnaient.

La question reste toutefois ouverte quant au comportement acoustique du bâtiment au Sénégal lorsqu’il accueillera un grand nombre de personnes. Si la réverbération s’avérait excessive, il serait toujours possible d’introduire des éléments absorbants, tels que des tapis ou d’autres matériaux adaptés, afin de retrouver l’équilibre souhaité. Je vous en parlerai prochainement.

Quoi qu’il en soit, ces réalisations démontrent qu’une architecture inspirée des formes traditionnelles, des volumes généreux et des proportions harmonieuses peut engendrer des qualités acoustiques remarquables, parfois bien au-delà des prévisions initiales.

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Sous peu je vous raconterai ce que signifie le nombre d’or

Prochain épisode  sous peu : La chapelle du Mas Sant et André Sugnaux ou l’art d’habiter la lumière

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