Alerte enlèvement : la lecture a-t-elle vraiment disparu chez nous ?

À en croire les prophètes de malheur et les paniques morales importées d’outre-Atlantique, la lecture serait morte, terrassée par les algorithmes et l’attention volée du lecteur moderne. Pourtant, des allées noires de monde du Salon du Livre de Genève à l’engouement passionné pour nos auteurs, la Francophonie prouve exactement le contraire. Loin du naufrage culturel américain, le livre papier s’impose comme le luxe ultime et le plus bel acte d’insoumission. Décryptage d’une résistance intellectuelle qui a encore de très beaux jours devant elle. La Rédaction

Attachez vos ceintures, chers lecteurs, l’Heure grave a sonné. Ce sont nos très inspirés confrères de L’Express qui l’annoncent en grande pompe : l’humanité est fichue ! (Article intitulé ‘La fin de la lecture, un tournant civilisationnel’). Je le sais, je suis l’un de leurs abonnés.  L’humain d’aujourd’hui a tellement le cerveau fondu par les réseaux sociaux et l’attention d’un poisson rouge qu’il ne sait même plus à quoi sert un livre et encore moins en ouvrir un. Sortez les mouchoirs, fermez les librairies, brûlez du Houellebecq pour vous chauffer cet hiver : la lecture est décédée. Seul minuscule détail technique qui a visiblement échappé aux fossoyeurs du papier : pour nous prouver la fin imminente du monde intellectuel, on nous ressort en boucle des graphiques poussiéreux datant de… 2022. Et le tout, bien sûr, produit avec amour par de très sérieux cabinets d’études de Seattle ou de Chicago.

Parce que c’est bien connu : la vie culturelle d’un habitant de Romandie, de Limoges, de Lyon ou de Bruxelles s’aligne au millimètre près sur les habitudes d’un consommateur du Midwest américain. Vous pensiez flâner en librairie le samedi après-midi ? Erreur ! Vous êtes en réalité un zombie numérique américain qui s’ignore, victime de la fermeture de votre Payot ou la Fnac du coin. Plaquer sans la moindre vergogne la sociologie des déserts culturels d’outre-Atlantique sur le paysage francophone, ce n’est plus du journalisme, c’est de l’art dramatique…

Pourquoi nos paniques morales sur le livre ont-elles toutes ce même goût de réchauffé ?

Le grand désert contre la librairie du coin : Aux États-Unis, les bibliothèques publiques tirent la langue et Amazon a atomisé les librairies indépendantes pour régner sur des ruines.

En Francophonie, manque de pot pour les prophètes de malheur, le livre et l’article de presse résistent. Que ce soit grâce au prix unique en France ou malgré les coefficients d’importation quelque peu acrobatiques imposés à nos libraires romands pour cause de « coûts suisses », le réseau de proximité s’obstine à faire vivre la lecture. Mais ‘chuuut’, ne gâchons pas une bonne panique avec des réalités géographiques. Le mirage du Covid : Les études américaines de 2022 mesuraient surtout la fin de la frénésie d’écrans postconfinement. Prendre ce soubresaut conjoncturel pour une loi cosmique immuable en 2026, c’est un peu comme décréter la fin définitive du soleil parce qu’en septembre au moment où je vous ponds cet article, il fait déjà nuit à 21 heures.

Désolé les Cassandre : le cadavre respire encore (et il bouge)

Aficionados du déclinisme, fermez les yeux, les constatations suivantes vont vous faire mal : on n’a jamais autant lu. Simplement, le lecteur moderne a l’effronterie de ne pas lire exactement ce que le microcosme parisien voudrait qu’il lisât. Des allées noires de monde à Genève au boom de la BD et des audiolivres, le secteur de la lecture refuse poliment de s’allonger dans le cercueil qu’on lui préparait.

Mieux encore : face au dogme anglo-saxon du « tout-écran », le lecteur francophone fait un bras d’honneur héroïque aux tablettes en continuant de chérir l’objet papier. Oui, cet objet archaïque, lourd et sans batterie, devenu le luxe ultime : un écran de papier qui ne clignote pas et ne vous demande ni votre avis, ni votre numéro de carte de crédit.

Le vrai monstre sous le lit : la guerre pour votre ‘ciboulot’

Rassurez-vous, il ne s’agit pas non plus de chanter Bisounours au pays des belles-lettres. La menace existe, mais elle ne vient pas d’un désamour soudain pour les romans, récits et ouvrages de tous genres. Il ne s’agit pas de conserver le livre comme une relique de musée pour nostalgiques, mais de défendre notre capacité à aligner deux pensées complexes. N’en déplaise aux vendeurs de catastrophes importées d’outre-Atlantique, la Francophonie a encore ses neurones en parfait état de marche et un penchant assumé pour le temps long. Nos lecteurs en apportent la preuve chaque jour : ils dévorent les confidences et les éclairages du Professeur André Mermoud — dont la cote d’amour ne se dément pas —, savourent la prose du comte de Grandvaux et d’Etienne Marceau, suivent les analyses de Sonia Martin de l‘Ecole suisse de naturopathie pour animaux, écoutent Ralph Schafflützel murmurer aux arbres, accompagnent Raphaël Colicci dans sa quête pour reverdir les déserts, découvrent les secrets de la biorésonance avec Philippe Menneret et les mystères géographiques dévoilés par Roger Jullierat. Ou encore rigolent avec Stefanie Rossier ou Gina Bocelli. Bref, sont au rendez-vous avec tant d’autres de nos journalistes.

Preuve éclatante que nous sommes à des années-lumière du naufrage intellectuel américain. Et la suite s’annonce radieuse : plusieurs de ‘nos plumes’ achèvent leurs nouveaux ouvrages, que Scriptis Éditions s’apprête à publier.

Lire reste le plus élégant des camouflets au rythme effréné du monde et le plus bel acte d’insoumission : prendre le temps de réfléchir et de penser par soi-même. Une insoumission que Découverte Magazine compte bien continuer à entretenir, page après page.

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