Déconstruisant les idées reçues et les statistiques froides sur la Sierra Leone, le Professeur André Mermoud nous plonge au cœur de l’hôpital de Magbenteh. Porté par une profonde humanité et un dévouement sans faille envers les plus vulnérables, ce médecin visionnaire se bat au quotidien pour redonner un souffle de vie aux enfants malnutris et bâtir un modèle de soins solidaires et pérennes. Un témoignage vibrant d’espoir, d’ingéniosité et de solidarité, soutenu activement par l’Association suisse Action Swiss-Sierra Leone (ASSL).
La Rédaction
Avant même de poser le pied en Sierra Leone, le décor était planté par les récits extérieurs. Dans la bouche de la plupart des Occidentaux, le nom du pays charrie encore son lot de fantômes : l’insécurité, la misère, le danger permanent. Il faut dire que la mémoire collective garde les cicatrices de crises terribles, notamment l’épidémie d’Ebola où, à une époque pas si lointaine, les gens tombaient comme des mouches. Je n’échappais pas à la règle ; je débarquais avec ces préjugés solidement ancrés dans ma grille de lecture. Et pourtant, dès l’instant où la mousson m’a enveloppé de sa chaleur tiède, le choc n’a pas été celui du péril, mais celui d’un profond apaisement. Contre toute attente, la réalité du terrain m’offrait — comme je vous le racontais dans le premier épisode — une sensation immédiate de sécurité, une sérénité enveloppante et un accueil d’une humanité désarmante.
Mais le vernis des idées reçues a la vie dure. Un soir, dans la pénombre douce qui suivait une journée harassante, je me suis surpris à repenser aux affirmations péremptoires qu’on m’avait assénées avant mon départ. Portés par des chiffres lus à la hâte sur un écran, mes interlocuteurs certifiaient qu’ici, la vie s’arrêtait brusquement au cap des trente ans, et qu’on ne croisait jamais de personnes âgées dans les rues.
C’est un médecin autochtone, au regard plein de sagesse et d’indulgence, qui est venu balayer ces certitudes de comptoir : — Mon cher confrère, faites attention avec ces chiffres, m’a-t-il glissé avec un sourire discret. La statistique de l’espérance de vie à la naissance est un piège quand on la lit sans comprendre la réalité médicale.
Il m’a alors ouvert les yeux sur la mécanique : si la moyenne nationale chute si bas dans les tableaux internationaux, ce n’est pas parce que le corps humain s’effondre mystérieusement à trente ou quarante ans sur cette terre. C’est le poids dramatique de la mortalité infantile et maternelle qui tire tout vers le bas. Quand un nouveau-né s’éteint, c’est l’arithmétique tout entière qui s’effondre. Mais ceux qui franchissent le cap fragile de la petite enfance grandissent, luttent, mûrissent et deviennent ces personnes âgées, ces aînés respectés que l’on croise bel et bien au quotidien dans les villages, veillant sur leur lignée.
Cette leçon d’humilité reçue, le choc du quotidien m’a rattrapé au cœur de l’hôpital de Magbenteh. L’endroit possède un charme fou, magnifiquement aménagé comme une oasis au milieu de la végétation,
mais sous la surface, les bâtiments accusent le poids des années. Les toitures menacent, les peintures s’écaillent, la plomberie et l’électricité demandent des rénovations colossales. Mais où trouver les ressources quand la majorité des patients franchit les portes sans un seul centime en poche ?
La détresse la plus poignante se lit au service de pédiatrie. On y voit arriver de tout petits corps brisés par la faim, des enfants n’ayant plus que la peau sur les os.

Extrêmement affaiblis par la malnutrition, la moindre grippe ou une simple crise de malaria menace d’éteindre prématurément leur souffle fragile. Les réanimer est un devoir d’humanité absolu, alors même que les parents n’ont pas les moyens de payer le moindre soin — eux qui n’ont déjà pas de quoi nourrir leur propre chair.
Pour sauver ces enfants sans condamner l’hôpital à la faillite, il faut faire preuve d’une ingéniosité vitale : créer une solidarité financière circulaire. L’idée consiste à développer deux pôles spécialisés capables de générer des revenus grâce aux patients aisés de la région pour financer la gratuité des plus démunis.
D’un côté, un centre de dialyse, car l’absence de structures adaptées condamne aujourd’hui des malades qui pourraient être sauvés s’ils en avaient les moyens. De l’autre, un projet d’ophtalmologie chiffré à 700 000 francs pour bâtir et équiper un pavillon dédié. Un mécène grec s’était engagé oralement à le financer ; malgré le silence qui suit l’envoi du devis officiel, notre détermination reste intacte.

Si ce mécène devait renoncer, nous trouverons d’autres voies, d’autres cœurs pour porter la pierre.
Il y a une urgence presque sacrée à bâtir cette autonomie : le fondateur historique de l’hôpital, du haut de ses 85 ans, prépare un ultime séjour de six mois sur place. La relève doit être prête à reprendre le flambeau. Car à Magbenteh, au-delà des murs qui s’effritent et des budgets à conquérir, la médecine ne se réduit pas à une équation : elle s’incarne dans la dignité de chaque regard et dans la promesse, impérieuse, d’offrir à chaque enfant une chance de grandir. Et puis n’oublions pas,

La Fondation Vision for all a pour buts de créer et de soutenir des centres ophtalmologiques et des structures existantes partout dans le monde. https://www.visionforall.ch/nous-soutenir/
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est aussi un soutien très précieux. Action Swiss-Sierra Leone (ASSL), fondée en 2003 par des bénévoles basés à Gland et dans la région de Nyon elle a pour objectif de soutenir l’hôpital Mabgenteh en vue de proposer des soins de qualité aux habitants et former le personnel soignant. Mais elle finance aussi le parrainage d’enfants et soutenir une école construite près de l’hôpital. https://assl-ch.org/


