L’Œil de l’Afrique — l’espoir et le record

Au cœur du désert mauritanien, la terre elle-même semble ouvrir un regard.

L’Œil de l’Afrique, immense et silencieux, s’impose comme une énigme posée au milieu du Sahara — une pupille minérale fixée vers le ciel. C’est ici, dans ce paysage où tout évoque la vision, que se joue un combat invisible. Non pas un exploit sportif, mais une bataille autrement plus essentielle : celle contre le glaucome, cette maladie silencieuse qui efface la vue sans bruit. Le professeur André Mermoud revient en mission, avec moins de médecins, mais plus de détermination, mieux d’équipement, et une foule de patients en attente. Son objectif n’est pas un record pour lui-même. Ce record n’a jamais été un trophée — seulement un outil. Une arme pour repousser l’obscurité. Une manière d’agir vite, beaucoup, et pour ceux qui n’ont pas le luxe d’attendre. Là-bas, en Mauritanie, un miracle a pris forme : le premier hôpital d’Afrique entièrement dédié au glaucome. Construit avec la vision et le soutien de Mohamed Ould Bouamatou, pensé, dessiné et porté par André Mermoud, il se dresse comme un phare dans le désert. Une architecture de lumière face à une maladie qui plonge dans la nuit. Voici le premier épisode. La Rédaction

Pour comprendre ce défi, il faut aussi saisir la nature du pays qui l’a rendu possible : un territoire de contrastes extrêmes, où la mer nourrit, où le fer circule sous la terre, où le désert engloutit l’horizon — et où l’hospitalité humaine réchauffe plus sûrement qu’un soleil d’ocre et de feu et demeure immense. Au cœur de ce paysage se trouve la structure de Richat, étonnante formation géologique visible depuis l’espace. Longtemps considérée comme un mystère, elle apparaît aujourd’hui comme une formation naturelle faite d’anneaux concentriques lentement sculptés par l’érosion. Mais vue du ciel, elle évoque immanquablement un œil immense posé sur le désert — une pupille minérale ouverte sur le silence. Alors, si vous me le permettez, une évidence s’impose : dans ce pays où la terre elle-même semble regarder, sauver la vue n’est plus seulement une mission médicale — c’est presque un symbole. Ce sera le second volet de mon récit : la Mauritanie telle qu’elle se vit et se traverse — telle que je l’ai vécue. Un monde à part, une leçon de vie à ciel ouvert.

Je revenais en Mauritanie avec un objectif clair : tenter de battre notre précédent record d’interventions pour le glaucome, établi il y a deux ans au Cameroun avec 153 opérations. Nous avions réalisé 153 opérations du glaucome en une semaine. Un chiffre fou. Un record. Un Everest. Cette année 2026, beaucoup moins de médecins étaient à mes côtés. Mais je disposais d’un meilleur équipement, d’une organisation remarquable et surtout, d’un immense afflux de patients. Oui, je me disais alors que toutes les conditions étaient réunies pour tenter de faire encore mieux. Mais au fond pourquoi toujours vouloir faire mieux ? On me demande parfois pourquoi je tiens tant à battre ce record du nombre d’opérations du glaucome en une semaine. D’aucuns pourraient penser qu’il s’agit de se glorifier, de faire la une des magazines, ou encore d’accrocher une médaille invisible au mur de mon ego. Mais ce n’est pas du tout ça.

Ça n’a d’ailleurs jamais été ça. Si je poursuis ce chiffre, si je cherche à aller toujours plus loin, c’est pour une seule raison : ce record est une manière de rendre visible l’invisible. Je vous explique. Le glaucome avance en silence. En fait, il vole la vue sans douleur, sans bruit. Sans plainte ? Je n’irai pas jusque-là.

Et il le fait surtout chez les plus pauvres, ceux qui ne parleront jamais pour eux-mêmes.

Alors, à défaut de pouvoir entendre leur voix, j’essaie de faire entendre la mienne. Un record, dans notre domaine, est un projecteur. Il attire l’attention du public, des gouvernements, des mécènes. Il force les gens à se demander : « Pourquoi doivent-ils opérer autant ? Pourquoi autant de patients ? Pourquoi cet acharnement ? » Et là, on peut répondre : « Parce que le glaucome est une maladie irréversible. Parce qu’elle détruit la vision. Parce que deux ans trop tard, il n’y a plus rien à faire. Parce qu’en Afrique, si nous n’allons pas vers les patients, la cécité vient vers eux. »

L’hôpital du glaucome de Nouachott de la Fondation Bouamatou
L’hôpital du glaucome de Nouachott de la Fondation Bouamatou

Alors voyez-vous mes chers lecteurs, le record, pour moi, n’est pas un trophée : c’est un outil. Un outil pour ouvrir des portes. Un outil pour construire des hôpitaux. Un outil pour obtenir des financements, convaincre des ministres, faire comprendre l’urgence. Et puis, il y a l’autre vérité. Plus intime. Plus fondamentale : Quand on opère 186 patients en une semaine, cela veut dire 186 vies qui ne deviendront pas aveugles.

Leandro Oliverio, Philippe Bayla et moi à leur droite
Leandro Oliverio, Philippe Bayla et moi à leur droite

186 familles qui garderont un père, une mère, un enfant capable de voir le soleil, de travailler, de lire, de reconnaître un visage.  Chaque opération est un destin qui bascule.

Chaque chiffre de plus représente une existence préservée. Alors oui, on parle de record. Mais pour moi, ce mot n’a rien de sportif. Il n’a rien de glorieux. Il signifie seulement ceci : Aller le plus loin possible, tant qu’il reste quelqu’un à sauver.

En Mauritanie, a été inauguré le premier hôpital d’Afrique dédié uniquement au glaucome.  Un bâtiment entier voué à combattre une seule maladie. Un puissant symbole qui parle et qui délivre un message clair adressé au continent.

À la fin de ce premier épisode, une évidence s’impose : pour comprendre le record à venir,
il faut d’abord comprendre le pays qui l’a rendu possible.
Dans le prochain chapitre, vous découvrirez la Mauritanie, telle qu’André Mermoud, le professeur au grand cœur l’a vécue : un territoire immense où le désert avance, où la mer nourrit, où le fer circule comme un sang minéral… et surtout un pays où l’hospitalité, la dignité et la chaleur humaine transforment chaque voyage en leçon de vie. Un autre monde vous attend — celui que ses yeux ont vu.

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