Le miracle…

Miracle-@Ralph-Schafflützel
©Ralph-Schafflützel

Vous êtes très nombreux à apprécier les articles du professeur André Mermoud, notamment en tant que spécialiste mondial du glaucome, mais pas seulement. Nous l’avons dit, il est assez rare que des médecins de renom partagent leurs expériences personnelles avec le grand public. Le professeur au grand cœur– ainsi que nous aimons l’appeler – ne cesse d’accomplir de très nombreuses missions humanitaires en Afrique et même durant les fêtes de fin d’année. Récemment, nous l’avons rencontré à la rédaction et il nous a confirmé qu’il avance dans l’écriture de son ouvrage intitulé Never give up !- N’abandonne jamais ! Et là, surprise ! ll nous a parlé d’un miracle qui s’est produit alors qu’il n’avait que 5 ans et dont il consacre un court chapitre dans son livre. Plongez dans le récit envoûtant d’un prodige merveilleux qui a métamorphosé le destin de ce grand médecin.   La rédaction

« En tant que médecin reconnu à l’échelle mondiale, j’ai évidemment toujours été guidé par la science et la rigueur médicale. Cependant, il m’est impossible d’ignorer le miracle qui m’a été prodigué lors de mes cinq ans. Les miracles, pour moi, ne sont pas des événements surnaturels à accepter aveuglément, mais des moments extraordinaires qui défient notre compréhension actuelle. Ils nous rappellent l’humilité nécessaire à avoir face aux mystères de la vie et de la médecine. Alors que je rédige ce chapitre, ce miracle personnel me rappelle que malgré nos connaissances et nos compétences, il existe des forces et des phénomènes qui échappent à notre contrôle. C’est avec gratitude et respect que j’accueille cette expérience, en reconnaissant qu’elle enrichit ma pratique médicale et ma compréhension de l’humanité.

C’est donc un des points tout à fait importants de ma vie.  Il s’agit de quelque chose qui m’a marqué pour le restant de ma vie. Je l’ai dit plus haut, j’avais cinq ans lorsque c’est arrivé. Figurez-vous qu’un beau matin, lorsque à mon réveil et au saut du lit, j’étais soudain dans l’incapacité totale de marcher. Je n’avais plus aucun équilibre. Mes parents – et surtout ma maman –, étaient rongés d’angoisse pour moi. Ils m’ont amené d’urgence chez ma pédiatre qui m’a fait immédiatement hospitaliser à l’hôpital cantonal à Lausanne.

Couloirs d'un hôpital

Au service de pédiatrie, les médecins ne savaient pas de quoi je souffrais. Autant dire que mes parents qui m’accompagnaient à l’hôpital étaient fort inquiets face à l’incapacité des médecins de poser un diagnostic exact.

Quant à moi, naturellement, j’avais aussi un peu peur, quand bien même à cet âge-là, on ne se rend pas tout à fait compte de la gravité de ce qui nous arrive. Je partageais alors ma chambre d’hôpital avec deux autres enfants. Et je dois avouer que j’étais profondément angoissé, car ces deux autres enfants étaient en train de dépérir lentement, comme s’ils étaient enveloppés par l’ombre de la mort, sans que je sache toutefois exactement pourquoi. Il y avait alors cette ambiance très lourde d’enfants qui souffraient.

Moi, de mon côté, je subissais tout une large panoplie de tests pour tenter de trouver ce que j’avais. Les médecins procédèrent à des ponctions gastriques pour voir si ce n’était pas une tuberculose. On me fit de multiples radiographies. A l’époque, nous étions en 1963, il n’y avait, bien sûr, ni scanner ni IRM. On me fit aussi des ponctions lombaires pour voir ce qu’il y avait dans le liquide céphalo rachidien (LCR). A cette époque, la ponction lombaire était non seulement pratiquée pour prélever du LCR à des fins diagnostiques, mais aussi pour injecter des produits de contraste. Cette technique permettait de visualiser sur les radiographies les structures cérébrales et de détecter diverses anomalies, telles tumeurs ou des déplacements des lobes cérébraux. C’est probablement ce qui avait permis à ces médecins de poser sans plus de précision le diagnostic de tumeur cérébrale.  

Tous les matins, les médecins se tenaient debout devant mon lit d’hôpital à discuter. Mes parents avaient reçu la terrible nouvelle : j’avais une tumeur cérébrale et que mes chances de survie étaient bien minces… Ils savaient aussi que tous les examens auxquels j’avais été soumis ne permettaient malheureusement pas de poser un diagnostic précis. Imaginez l’angoisse de mes parents, et surtout de ma douce maman, mère au foyer pour qui ses enfants étaient tout.

Entre temps, vu que ma flamme de vie déclinait gentiment mais inexorablement, les médecins s’attendaient tous les jours à ce que je rende l’âme. Ils en avaient parlé à mes parents. Aussi ma maman n’en dormit-elle plus pendant plusieurs jours. Elle se confia à ses amies. Un jour, une dame plus âgée que ma maman lui dit : « Tu sais maintenant que ton enfant va t’être repris. Ce sont des choses qui malheureusement arrivent. Cet enfant ne t’appartient pas, il appartient à Dieu qui peut en faire ce qu’IL veut. Mais il n’y a pas de honte à LUI demander qu’André soit sauvé »

Ma maman qui était croyante et pratiquante a donc beaucoup prié. Au bout de quelques jours dans une prière particulièrement émouvante pour elle, elle a dit : « Mon Dieu, que ta volonté soit faite. Soit tu me le reprends, soit tu me laisses et s’il vit, il sera à ton service pour toute sa vie »

Femme en pleine prière

Le lendemain de cette prière où ma chère maman avait mis toute son âme, elle vint me rendre visite à l’hôpital. Et là, sous les regards médusés des médecins, figés par l’incompréhension, je me suis levé et, contre toute attente, j’ai marché normalement comme je l’avais toujours fait du haut de mes cinq ans. Leur stupéfaction était telle qu’on aurait dit qu’ils étaient témoins d’un miracle, défiant toutes les lois de la médecine. Oui, leur fascination était palpable, comme s’ils assistaient à un événement surnaturel, défiant toutes leurs connaissances médicales. Alors que ces médecins m’avaient plus ou moins quasiment condamnés, c’était comme si un véritable miracle s’était produit. Rentrée chez nous, au bout de quelques jours, ma maman me confia que j’avais reçu ce cadeau pour me consacrer au bien des autres. C’est probablement ainsi qu’est née ma vocation de médecin au service des autres, même si, comme je vous le raconterai plus loin, il n’était pas du tout certain que je devienne médecin. Si j’étais décédé à l’âge de cinq ans, je ne serais évidemment pas devenu ce que je suis maintenant. Depuis ma tendre enfance j’ai toujours eu conscience que la Vie – oui avec un grand V – m’avait donné un grand cadeau. Et j’ai toujours voulu rendre à la Vie ce grand cadeau que j’avais reçu. Cet épisode est l’un des plus marquants de mon existence et qui m’a sans doute poussé à étudier la médecine. Je raconterai plus loin que ce fut très dur et pas évident du tout de m’y consacrer autant. Pourquoi ? Fils de parents de condition très modeste, grandissant dans un tout petit village du Gros-de-Vaud, sans aucun soutien financier, faire de si longues et difficiles études de médecine paraissait effectivement impossible à réaliser.

C’est grâce aux prières ferventes de ma douce maman pour ma survie que j’ai découvert bien plus tard une foi inébranlable.

Bien sûr aussi que la plupart du temps, en tant que médecin accompli, je lâche prise devant les grands problèmes que je dois affronter au bloc opératoire. Je m’en remets le plus souvent à la justice divine.

J’ai la chance de vivre une vie dédiée aux patients démunis des pays africains et asiatiques, mais pas seulement, car j’ai aussi à servir en Suisse. Finalement, la vie est un trésor que Dieu m’a donné, et la manière dont elle se manifeste dans mon expérience dépend uniquement de la façon dont je l’utilise. Ainsi, chaque jour de ma vie, je mets mes compétences professionnelles au service de ceux qui ont besoin de recouvrer la vue.  Je ressens une profonde gratitude pour chaque moment et chaque opportunité qui se présente à moi. Cette gratitude me rappelle l’importance de vivre pleinement et de partager mes dons avec les autres, en reconnaissant la valeur de chaque instant et de chaque interaction. En abandonnant l’égo surdimensionné que nous autres – médecins – pourrions avoir, je réalise que ma voie n’est qu’UNE parmi tant d’autres et qu’il n’y a pas de quoi m’en glorifier. C’est donc ce message d’humilité et de dévouement que je souhaite transmettre encore et encore à mes consœurs et confrères.

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