Les confidences du professeur André Mermoud

Un espace de travail serein et élégant avec un beau bureau en bois orné d'un stylo luxueux et d'un carnet ouvert rempli de notes manuscrites.

Vous êtes très nombreux à apprécier les articles du professeur André Mermoud, le spécialiste mondial du glaucome. Il est assez rare que des médecins de renom partagent leurs expériences personnelles avec le grand public. Cependant, le professeur au grand cœur, – comme nous aimons l’appeler –, a choisi de dévoiler dans son ouvrage, les défis incroyables qu’il a rencontrés jusqu’à l’âge de 25 ans. Il nous offre ainsi un aperçu unique et poignant de son parcours tant d’homme que de jeune médecin. Plus tard, il dû relever bien d’autres défis encore, qu’il raconte avec verve dans des chapitres captivants. La rédaction

Six enfants opérés le même jour
Voici les 6 enfants parmi les 8 opérés en un jour grâce à une anesthésie générale[1]

Récemment, à la rédaction, nous avons pu lire quelques passages de son avant-propos où il explique pourquoi il écrit un ouvrage destiné au grand public. Son message nous a vraiment beaucoup ému. Nous avons pu nous entretenir avec lui en aparté. Aussi vous livrons-nous ici quelques bribes des confidences qu’il a bien voulu partager avec nous.

Entre Lausanne, où il continue de rendre la vue à ses patients, l’Afrique où il en fait autant tout en construisant des hôpitaux et l’Inde où il accomplit ses missions humanitaires, l’énergie de ce médecin est tout à fait prodigieuse.

« Il y a deux erreurs majeures que l’on fait souvent dans la vie, nous dit-il d’emblée. La première est de ne pas accorder suffisamment d’importance à notre passé, et la seconde est de lui en accorder trop. Et puis, il y a tant de circonstances familiales qui ont joué un rôle prépondérant pour que, finalement, je construise autant d’hôpitaux destinés à rendre la vue à des centaines de milliers d’humains »[2].

Puis il nous parle quelque peu son enfance.  

« Enfant, j’ai eu une vie difficile semée d’obstacles sur le chemin d’une vie humaine. Figurez-vous que vers mes dix ans, je n’ai pas vraiment été bien accepté parmi les camarades de mon âge. Je n’étais pas doué en gymnastique et je jouais très mal au football.  Je n’ai donc pas pu évoluer au sein du club de foot du village. Du fait que j’avais de la peine à m’exprimer, les autres enfants me rejetaient.  Imaginez ensuite que j’ai bégayé jusqu’à l’âge de 25 ans ! Quasiment jusqu’à la fin de mes études de médecine.  Le bégaiement m’a enfermé dans un monde à part. Je ne pouvais pas vraiment communiquer ni avec mes semblables ni avec l’entourage autre que familial. Aussi me suis-je réfugié dans des activités solitaires comme le dessin ou la musique. J’ai appris à jouer de la guitare, du violon et surtout du piano. Souvent ma vie de médecin ophtalmologue me demande d’improviser, alors pour me détendre j’improvise aussi en musique lorsqu’en soirée, j’ai un moment de répit.

J’ai donc beaucoup dessiné des plans architecturaux et peint des tableaux. La vente de mes tableaux a contribué à financer mes études de médecine. La joie de dessiner des plans a permis bien plus tard de concevoir les hôpitaux que j’ai construits notamment en Afrique », notamment celui de Saly, près de Dakar, actuellement l’un des plus grands hôpitaux ophtalmiques d’Afrique.

Hôpital-de-Saly

Le Mas Sant en Espagne

Grâce à ma longue expérience du dessin depuis l’âge de dix ans comme je vous l’ai dit plus haut, j’ai aussi pu rénover ma demeure en Espagne et même construire une chapelle abritant les symboles emblématiques des principales religions de notre planète en guise de vœu à la paix. On y trouve notamment ces vitraux [3]

Vitraux de la chapelle du Mas Sant

Bégayer cause une souffrance psychique significative. Cela affecte non seulement la communication, mais aussi l’estime de soi et la confiance en soi. Les personnes qui bégaient ressentent anxiété et frustration. Les épreuves épuisent les faibles mais durcit les forts. Et effectivement à l’approche de mon propre quart de siècle se produisit une véritable métamorphose.  

Le message qu’André Mermoud, la sommité mondiale du glaucome donne un espoir à tous les handicapés de la parole. Comme nous l’avons dit, ce n’est ici qu’un infime résumé de sa spiritualité. La rédaction a aussi voulu savoir quels avantages il y avait à être connu dans bien des pays.

« Oui, il y a bien des avantages à être connu comme médecin humanitaire. Ainsi avoir une grande notoriété, c’est comme être une étoile brillante dans un ciel plus ou moins nocturne. Tout le monde vous voit, vous reconnaît. Mais cela signifie aussi que vous êtes davantage sous les projecteurs que les autres. Rien à voir avec la notoriété des vedettes de cinéma, par exemple, car je n’ai jamais affaire aux paparazzis. Pour moi, en Afrique ou en Inde où j’accomplis mes missions humanitaires, avoir une excellente notoriété confère tout de même des avantages appréciables, car cela permet de traiter avec des responsables aux plus hauts échelons d’un pays.

Ou parfois pour aller plus vite d’un endroit à l’autre pour une mission humanitaire, être invité à prendre un avion non accessible au grand public

Avion de l'armée de l'air

Mais la notoriété comporte aussi ses inconvénients, car elle nous expose à de nombreuses sollicitations et demandes variées. Il devient alors plus difficile de passer inaperçu ou de se faire oublier. J’applique la mise en garde de Montesquieu[4] qui précise que pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie ; il ne faut pas être au-dessus des autres, il faut être avec eux.

Quel bonheur pour moi d’avoir rendu la vue à ces bouts de chou. Je suis avec les enfants ou les adultes et je ne fais pas de distinction entre les diverses nations. Tous mes patients sont citoyens du monde !

La gratitude est vraiment une merveilleuse qualité, car elle nous permet de réaliser que nous devons presque tout aux autres êtres humains. Cela nous donne l’occasion de nous réjouir et d’exprimer notre reconnaissance chaque fois que possible.

à suivre

Dès que le professeur André Mermoud aura avancé dans son écriture nous aurons l’occasion de vous en dire davantage…


[1] Il est assez exceptionnel de pouvoir opérer autant d’enfants en une seule journée (ndlr).

[2] Vous en saurez bien davantage en lisant bientôt son livre intitulé « Never give up ! N’abandonne jamais !

[3] (Ndlr) Le professeur au grand cœur nous raconte comment l’immense incendie qui brûla la région s’est arrêté devant les limites de sa propriété.

[4] Célèbre philosophe et écrivain français (1689-1755),

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