Chaque jour, des milliers d’abeilles tombent sous les attaques d’un prédateur aussi discret qu’efficace : le frelon asiatique. Arrivé en Europe presque par hasard, cet envahisseur poursuit sa progression en Suisse et inquiète de plus en plus les spécialistes. Derrière cet insecte aux pattes jaunes se cache une menace pour la biodiversité, l’agriculture et l’avenir de nos pollinisateurs. Curieux de comprendre l’ampleur du phénomène, Ralph Schafflützel, notre infatigable « murmureur aux arbres », a quitté les sentiers battus pour s’immerger au cœur de la nature et partir à la recherche de cet intrus redouté. Il nous raconte son enquête et les enjeux qui se cachent derrière cette invasion silencieuse. La Rédaction
Depuis quelques années, le frelon asiatique (Vespa velutina) poursuit sa progression en Europe. Après avoir colonisé de nombreux pays voisins, il est désormais bien présent en Suisse. Son expansion inquiète les apiculteurs, les scientifiques et les autorités, car cette espèce invasive représente une menace sérieuse pour les abeilles, les insectes pollinisateurs et, plus largement, pour la biodiversité.
Une arrivée discrète mais rapide
Originaire d’Asie du Sud-Est, le frelon asiatique serait arrivé accidentellement en Europe au début des années 2000, probablement dans des cargaisons de marchandises. Depuis, il s’est propagé à une vitesse remarquable grâce à son extraordinaire capacité d’adaptation.
En Suisse, les premiers individus ont été observés dans les régions frontalières avant de gagner progressivement plusieurs cantons. Aujourd’hui, sa présence est régulièrement confirmée dans de nombreuses zones du pays, notamment en Suisse romande et sur le Plateau.

Un redoutable prédateur des abeilles
Contrairement au frelon européen, qui se nourrit principalement d’insectes variés sans exercer une pression importante sur les ruches, le frelon asiatique, lui, est un véritable spécialiste de la chasse aux abeilles. Il se poste devant les ruches et capture les butineuses lorsqu’elles reviennent chargées de nectar ou de pollen. Une colonie de frelons peut consommer plusieurs milliers d’abeilles au cours d’une seule saison. Cette pression constante affaiblit considérablement les colonies d’abeilles qui consacrent davantage d’énergie à leur défense qu’à la récolte de nectar et de pollen.
Des conséquences pour l’agriculture
Les abeilles assurent la pollinisation d’une grande partie des arbres fruitiers, des légumes et de nombreuses cultures agricoles. Si les populations d’abeilles diminuent, les conséquences peuvent être importantes. Il peut s’agir de baisse des récoltes, d’une diminution de la production fruitière, de perte de biodiversité, de déséquilibre des écosystèmes. Le frelon asiatique vient ainsi s’ajouter aux autres menaces qui pèsent déjà sur les pollinisateurs, comme les pesticides, certaines maladies, les parasites et le changement climatique.
Comment reconnaître le frelon asiatique ?

Voici en bas de la photo un frelon asiatique et en-dessus un frelon européen

Bien qu’il soit souvent confondu avec le frelon européen, plusieurs caractéristiques permettent de le distinguer :
- un corps majoritairement noir ;
- un abdomen sombre avec une large bande orangée ;
- des pattes jaunes très visibles à leur extrémité ;
- une taille comprise entre 2 et 3 centimètres pour les ouvrières.
- Il est plus petit que le frelon européen.
Ses nids, souvent sphériques, peuvent atteindre plus d’un mètre de diamètre. Ils sont généralement construits très haut dans les arbres, parfois à plus de vingt mètres du sol, ce qui les rend difficiles à repérer.
Un danger pour l’être humain ?
Le frelon asiatique n’est pas plus agressif qu’une guêpe lorsqu’il est éloigné de son nid. Dans la plupart des cas, il évite le contact avec l’homme. En revanche, il peut devenir très défensif si une personne s’approche de son nid. Les piqûres sont douloureuses et peuvent provoquer de graves réactions allergiques chez certaines personnes. Il est donc fortement déconseillé de tenter de détruire un nid soi-même.


La Suisse s’organise face à l’invasion
Face à cette progression, les autorités suisses renforcent la surveillance du territoire. La lutte contre le frelon asiatique ne concerne pas seulement les apiculteurs. Elle engage aussi chacun d’entre nous, car protéger les pollinisateurs, c’est préserver la richesse biologique dont dépend une grande partie de notre alimentation et de notre environnement. Les citoyens sont également invités à signaler toute observation suspecte, notamment lorsqu’un nid ou un insecte présentant les caractéristiques du frelon asiatique est découvert. Une détection précoce permet souvent d’intervenir avant que la colonie ne produise de nouvelles reines capables de fonder d’autres nids l’année suivante.
Comment agir ?
Chacun peut contribuer à limiter son expansion :
- apprendre à reconnaître le frelon asiatique ;
- signaler toute observation aux plateformes cantonales ou aux autorités compétentes ;
- éviter de détruire un nid sans intervention professionnelle ;
- favoriser la biodiversité locale afin de renforcer la résilience des écosystèmes.
Un défi pour les années à venir
L’installation durable du frelon asiatique en Suisse constitue un nouveau défi environnemental. Si son éradication paraît aujourd’hui peu réaliste, une détection rapide des nouveaux foyers, associée à une collaboration entre scientifiques, apiculteurs, autorités et citoyens, permettra de limiter son impact. La protection des abeilles dépasse le seul monde de l’apiculture : elle concerne l’ensemble de notre alimentation, de notre agriculture et de nos écosystèmes. Préserver les pollinisateurs, c’est préserver une partie essentielle du patrimoine naturel suisse.
Comment localise-t-on les nids ?
Capturer un frelon, poser un émetteur et partir à la recherche du nid n’est pas à la portée de tout le monde. Cette technique est généralement utilisée par des spécialistes ou des équipes formées.
La lutte contre le frelon asiatique commence par la localisation des nids. Un nid peut être découvert directement dans un arbre, un bâtiment ou une haie. La présence répétée de frelons autour d’un rucher peut également révéler l’existence d’une colonie à proximité. Dans certains cas, des spécialistes capturent un frelon asiatique et l’équipent d’un minuscule émetteur, afin de suivre son trajet jusqu’au nid. Une fois le nid localisé, sa destruction est confiée à des professionnels formés et équipés en la matière. Cette méthode permet d’éviter la dispersion de nouvelles reines et de limiter l’expansion de l’espèce.

- Capture d’un frelon asiatique et…

2. …pose d’un émetteur.
3. Le lâcher et suivre la direction du frelon jusqu’au nid.
4. Repérer le nid.

6. Organiser la destruction des frelons asiatiques ou du nid entier.

Remarque de la rédaction : Ralph Schafflützel est écrivain, photographe et agent immobilier. Grand connaisseur des arbres, il leur consacre depuis des années une attention passionnée. Il sait lire leur histoire dans l’écorce, comprendre leur santé dans le feuillage et entendre ce qu’ils ont à nous raconter.
