Vous avez été plus de 204’000 à lire le Prince aux oreilles noires. Nous poursuivons donc notre série consacrée aux animaux avec Maître Goupil. Depuis des siècles il fascine autant qu’il divise. Animal rusé des contes, silhouette furtive des campagnes, il porte une réputation façonnée par des générations d’histoires populaires. Tour à tour héros malin, voleur de poulailler ou esprit libre de la forêt, il incarne à lui seul toute la complexité de la nature sauvage. Notre contributeur habituel, l’écrivain et photographe Ralph Schafflützel le connaît bien. Observateur attentif de la faune, il nous rappelle que cette ambivalence persiste aujourd’hui plus que jamais. Entre mythes anciens et réalité biologique, le renard continue de projeter sur nous une part de nos propres contradictions : admiration, crainte, fascination. Un matin lumineux, alors que la brume se levait sur les prés, Ralph a eu la chance rare de saisir des instants de vie exceptionnels : un renardeau face au soleil comme pour se laisser contempler. Ces images, capturées sur le vif, témoignent d’une proximité étonnante et d’un respect profond entre Ralph et Maître Goupil.Dans le récit qu’il nous confie, il dévoile non seulement les coulisses de cette rencontre privilégiée, mais aussi son regard personnel sur ce carnivore discret, si souvent mal compris. Découvrez ses photographies et l’histoire qu’il nous raconte. La Rédaction
D’un côté, on l’admire pour son intelligence, sa capacité d’adaptation et son rôle essentiel dans les écosystèmes. De l’autre, on l’accuse de s’approcher trop près des habitations, d’occasionner quelques dégâts, ou d’être porteur de maladies autrefois redoutées. Pourtant, derrière les mythes et les peurs subsiste un fait essentiel : le renard est un acteur clé de nos paysages, un régulateur de rongeurs, un diffuseur de graines, un opportuniste qui exploite les niches que l’humain crée sans s’en rendre compte. À bien l’observer, Maître Goupil apparaît moins comme un intrus que comme un compagnon discret, héritier d’une longue cohabitation avec l’homme. Entre admiration et préjugés, il reste surtout un témoin fidèle de l’équilibre fragile entre nature et civilisation.
Depuis des siècles, le renard attire autant la fascination que la méfiance. Accusé à tort de transmettre systématiquement la rage (aujourd’hui quasi disparue dans de nombreux pays grâce à la vaccination), considéré parfois comme nuisible, il reste pourtant une espèce clé de la biodiversité. Je pourrais vous dire que grâce à son rôle de prédateur régulateur, il contribue non seulement à limiter les populations de rongeurs, mais encore à disperser les graines via les fruits qu’il consomme et surtout à nettoyer les carcasses et déchets naturels.
Là où il prospère, les équilibres écologiques sont souvent meilleurs.
L’intelligence même et discrète des lisières
Parmi les animaux qui partagent nos paysages, peu sont aussi proches et pourtant aussi méconnus que le renard roux (Vulpes vulpes). ll est un maître des zones frontières.
Le renard affectionne les lisières : ces frontières entre bois, champs et prairies où la nourriture abonde. C’est un territoire riche en petits rongeurs, insectes, baies, œufs, parfois même cadavres d’animaux. Opportuniste, il sait tirer parti de tout.
Cette capacité d’adaptation est l’un des secrets de son succès. Il n’hésite pas à s’aventurer dans les zones forestières riches en terriers naturels, dans les campagnes cultivées où les mulots pullulent, jusque dans les périphéries urbaines, où il trouve chaleur, abri et nourriture facile.
Sa présence croissante dans les villages et certaines villes européennes n’est pas signe d’agressivité, mais de curiosité pragmatique : là où l’humain accumule des déchets, le renard trouve une chance.
Un prédateur aux sens acérés
Malgré sa réputation de chapardeur, le renard est avant tout un chasseur spécialisé. Sa technique la plus spectaculaire demeure le “saut en cloche”, une attaque bondissante qu’il exécute pour surprendre un mulot enfoui sous la neige ou les herbes hautes.
La réussite de ce mouvement repose sur :
- une ouïe extrêmement fine, capable de percevoir le moindre grattement,
- un odorat développé, pour détecter les pistes et les terriers,
- une vision nocturne efficace, adaptée aux crépuscules où il est le plus actif.
Ce cocktail sensoriel en fait un prédateur redoutable, même si son apparence gracile pourrait en laisser douter.
Que mange-t-il ?
Oh, le renard n’est pas bien difficile : c’est un omnivore opportuniste. Son menu varie selon la saison :
- Printemps – été : rongeurs, campagnols, insectes, fruits sauvages.
- Automne : abondance de baies, pommes, raisins, noix.
- Hiver : charognes, proies affaiblies, parfois restes laissés par les humains.
Le renard est sans nul doute l’un des animaux les plus contemporains qui soient. Il compose avec les bouleversements climatiques, s’insinue dans les marges de nos villes, s’ajuste aux nouvelles pratiques agricoles. Son intelligence vive, sa prudence et sa remarquable plasticité comportementale en font un indicateur précieux. Je dirais que là où il choisit de vivre, c’est que le milieu offre encore assez de diversité pour le nourrir et l’abriter.
Alors, finalement mes chers lecteurs, observer le renard, c’est en réalité nous observer nous‑mêmes. À travers lui, se révèlent nos propres transformations : l’empreinte de nos choix, la manière dont nous remodelons les paysages, ce qui disparaît et ce qui demeure. Silencieux et furtif, il traverse nos nuits comme une lueur fauve, un souffle de nature qui persiste juste à la lisière du chemin. Maître Goupil nous rappelle ainsi que, malgré nos métamorphoses, la vie sauvage continue d’exister tout près, attentive, adaptable, en équilibre délicat avec nos mondes en mouvement.
A suivre
Ralph Schafflützel s’apprête à dévoiler deux nouveaux ouvrages brûlants, qui mettent à nu des enjeux de société aussi urgents que dérangeants.
Bientôt, nous vous en offrirons l’éclatante avant‑première : un chapitre incandescent, taillé pour faire vibrer les esprits et bousculer les certitudes. La Rédaction



