Tout le monde — ou presque — sait qu’un accident vasculaire cérébral (AVC) est une urgence médicale majeure. Lorsqu’une partie du cerveau est privée de sang, les conséquences peuvent être dramatiques : paralysie, troubles du langage, perte de mémoire… Ces effets sont bien connus du grand public. Mais ce que l’on sait beaucoup moins, c’est qu’un AVC peut aussi altérer la vision, parfois de manière profonde et durable. Ce lien entre cerveau et regard est souvent ignoré, alors qu’il peut bouleverser la vie quotidienne des patients autant que les troubles moteurs ou cognitifs. Heureusement, André Mermoud, notre professeur au grand cœur, spécialiste mondialement reconnu et humaniste engagé, nous éclaire sur ce sujet essentiel. Grâce à son expertise et sa pédagogie, il nous aide à mieux comprendre comment un AVC peut affecter les yeux, et pourquoi il est crucial de ne pas négliger ces symptômes visuels. La Rédaction
On pense souvent à l’AVC comme à une atteinte physique ou cognitive : paralysie, troubles du langage, perte de mémoire. Mais ce que l’on oublie trop souvent, c’est que la vision, elle aussi, peut vaciller. Quand le cerveau est frappé, c’est parfois notre manière de voir le monde — au sens propre — qui s’obscurcit. Comprendre ces troubles visuels, c’est élargir notre regard sur cet accident vasculaire. Même si nos yeux fonctionnent bien, notre cerveau joue un rôle essentiel dans la vision. Il reçoit les images captées par les yeux, les analyse et nous permet de comprendre ce que nous voyons. Si certaines zones du cerveau sont abîmées (justement à cause d’un AVC, d’un traumatisme crânien, d’une tumeur ou d’un manque d’oxygène), cela peut perturber la vision, même si les yeux, eux-mêmes, sont en bon état.
La toute première chose que je souhaite donc vous transmettre — et c’est sans doute la plus urgente — c’est ceci : reconnaître les signes visuels d’un AVC et réagir immédiatement. Car dans ces instants critiques, chaque minute compte.
Les troubles visuels liés à un AVC peuvent être soudains, déroutants, et parfois sous-estimés. Voici les principaux signaux d’alerte :
Une vision floue ou double, qui survient sans cause apparente ; les objets semblent moins nets, c’est comme si on regardait à travers une vitre sale. On voit deux fois le même objet, ce qui rend la lecture ou même la marche assez difficile.
Dans certains cas graves, une partie du champ de vision peut disparaître dans les deux yeux, allant d’une simple atteinte du champ visuel à la perte totale de la vision.
Lésion du cortex occipitale, lésion des noyaux des nerfs crâniens liés aux muscles oculaires entraînant un strabisme acquis.
Des difficultés à suivre les objets du regard, lire, se repérer visuellement ou regarder un écran ou regarder un film devient fatigant, car les yeux ont du mal à se coordonner.
Une vision en tunnel, ou l’apparition de taches sombres dans le champ visuel.
Sensibilité à la lumière : la lumière du soleil ou celle des écrans devient gênante, voire douloureuse.
Troubles de l’attention visuelle : difficulté à se concentrer sur ce qu’on voit, à reconnaître des visages ou à repérer des objets dans l’espace.
Ces symptômes ne doivent jamais être ignorés. Ils peuvent être les premiers signes d’un AVC, et une prise en charge rapide peut faire toute la différence entre récupération et séquelles durables. Vous aurez donc compris qu’un AVC peut ne pas toucher seulement le corps ou la parole — il peut donc aussi brouiller notre regard sur le monde. Mieux comprendre ces troubles visuels, c’est mieux prévenir les risques, et surtout, mieux éclairer l’avenir !
Mais pourquoi donc un AVC peut-il affecter la vue ?
Le cerveau est le centre de traitement de l’information visuelle. Lorsque l’AVC touche les zones cérébrales responsables de la vision — comme le lobe occipital ou les nerfs optiques — il peut provoquer des troubles visuels variés, allant de la vision double à la perte complète de la vue
Les troubles ophtalmologiques liés à l’AVC
Voici les principaux troubles visuels observés après un AVC :
- Hémianopsie homonyme : perte de la moitié du champ visuel dans les deux yeux, toujours du côté opposé à la lésion cérébrale.
- Diplopie (vision double) : due à une atteinte des nerfs contrôlant les muscles oculaires.
- Négligence visuelle : le cerveau ignore les informations visuelles d’un côté de l’environnement.
- Perte de la vision centrale ou périphérique : selon la zone cérébrale touchée.
- Sensibilité à la lumière et hallucinations visuelles : parfois observées dans les cas complexes.
L’AVC de l’œil : une forme particulière
Bien sûr, il existe aussi des AVC qui touchent directement l’œil. En médecine, on les appelle infarctus de la rétine. Ils surviennent lorsque les vaisseaux sanguins de la rétine sont obstrués, entraînant une perte soudaine de la vision dans un œil, souvent sans douleur
Ces AVC oculaires sont graves et nécessitent une prise en charge immédiate. Voici les facteurs de risque de ces AVC oculaires : hypertension artérielle, diabète, âge du sujet, troubles de la coagulations associés à une artériosclérose rétinienne.
Des séquelles fréquentes, mais parfois réversibles
La bonne nouvelle, c’est que certaines séquelles peuvent être atténuées grâce à :
- Des thérapies visuelles (exercices de rééducation).
- Des lunettes prismatiques pour corriger le strabisme lié à une paralysie oculo-motrice d’un des plexus liés en général à un accident vasculaire du tronc cérébral.
- Des injections ou traitements laser en cas d’AVC de l’œil.
A suivre





