L’extraordinaire aventure du Mas Sant

Notre éditeur suit avec une attention respectueuse l’avancée des chapitres du livre que rédige, avec une générosité rare, notre professeur au grand coeur André Mermoud, dont l’engagement envers les aveugles est aussi profond que lumineux. Puisque chacun de ses articles professionnels est accompagné de la vignette du Mas Sant, notre éditeur a choisi de dévoiler, par épisodes, l’intégralité d’un chapitre particulièrement précieux — un texte porteur d’espérance pour celles et ceux qui, au seuil de la lumière, aspirent à retrouver la vue. Ainsi, la bannière figurant à la une s’inscrit pleinement dans cette démarche éditoriale et révèle toute la portée de ce témoignage. Et nul doute que lorsque l’ouvrage paraîtra, on ne se lassera pas de revenir à ce chapitre, comme aux autres résumés, tant ils portent en eux une force humaine et une clarté qui appellent la relecture. La Rédaction

Pour des millions de personnes, l’an 2000 fut un seuil symbolique. Le dernier souffle du XXe siècle s’éteignait, tandis que le premier battement du nouveau millénaire résonnait avec force. Ce tournant portait en lui les promesses vertigineuses du progrès, mais aussi les inquiétudes d’un monde en mutation. Tandis que certains rêvaient de conquêtes numériques et d’intelligences artificielles, d’autres n’avaient toujours pas accès à l’essentiel : la lumière, la santé, la vue. C’est dans cette époque contrastée que j’ai choisi mon combat. Là où le monde regardait vers l’avenir, moi je tournais les yeux vers ceux que l’avenir oubliait. Ma carrière de chirurgien ophtalmologue prenait son envol, les congrès internationaux me nourrissaient intellectuellement, les voyages se multipliaient, et bientôt naîtrait la Fondation Vision for All. Mais derrière cette effervescence professionnelle, ma vie personnelle vacillait. Marianne, mon premier amour, s’était éloignée. Je vous en ai parlé en pages  □□.

Ce début de siècle ne fut pas une révolution pour moi — ce fut une métamorphose. En l’an 2000, j’ai eu un véritable coup de cœur, et tout a commencé par une invitation. Un confrère ophtalmologue, aujourd’hui retraité, m’avait convié à séjourner chez lui, à Agullana. Après avoir parcouru le monde en quête du lieu idéal pour vivre une retraite paisible, lui et son épouse avaient choisi cette région comme havre de sérénité. Leur choix n’était pas le fruit du hasard, mais celui d’une quête patiente et exigeante. Bénéficiant d’un climat méditerranéen et de sols fertiles, la région au cœur du comté de l’Alt Empordà, dans la province de Gérone, en Catalogne, est idéale pour la culture des oliviers.

Or, j’ai toujours aimé les oliviers…C’était peut-être déjà un signe. Agullana yest un village pittoresque de cette contrée. Ce havre de paix, peuplé de moins de mille âmes, est enveloppé par des forêts de chênes-lièges, de chênes verts et de châtaigniers, créant un cadre naturel enchanteur. Renommé pour son atmosphère sereine et son cadre de vie idyllique, Agullana abrite des trésors historiques, l’église Sainte-Marie, témoigne de l’héritage religieux local. J’ai passé quelques jours chez eux, et très vite, j’ai compris pourquoi ils s’y étaient installés. Le charme discret de toute la région, son calme, sa lumière, sa proximité avec la nature… tout m’a séduit. Enthousiasmé, je lui ai demandé s’il pouvait m’aider à trouver un bien dans les environs. C’est ainsi, grâce à lui, que j’ai découvert le Mas Sant — un lieu qui incarne à mes yeux bien plus qu’une propriété : un nouveau chapitre de ma vie, infiniment précieux, s’écrit depuis désormais un quart de siècle. C’est donc à cette époque que je fis l’acquisition du Mas Sant, une bâtisse énigmatique que certains disaient être un ancien monastère.

Lorsque j’ai acquis le Mas Sant, il portait en lui les traces d’un rêve interrompu. La propriétaire précédente, une femme pleine d’élan, avait entamé sa restauration avec soin et passion. Hélas, la vie ne lui laissa pas le temps d’achever son œuvre : elle s’éteignit prématurément, à peine entrée dans la cinquantaine, laissant derrière elle une maison propre, chaleureuse, déjà habitable, mais inachevée. Ainsi, dès mon arrivée, le Mas m’accueillit avec ses murs chauffés, ses salles de bain fonctionnelles, son âme en suspens. Les travaux que j’entrepris ne portèrent pas d’abord sur la bâtisse elle-même, mais sur ce qui l’entourait — car les jardins, eux, n’existaient pas.

À l’achat, il n’y avait que de l’herbe éparse, des cailloux solitaires et quelques arbres fatigués. Je me suis alors lancé dans une transformation titanesque : déplacement de la route, création de terrasses, élévation de murs, plantation d’essences variées… Le paysage prit forme, comme un écrin digne de la maison.

Les grandes rénovations de l’habitation, elles, vinrent plus tard, dans le sillage d’un bouleversement personnel : mon divorce avec Aude (je vous en parle en pages □□). Ce moment charnière m’inspira une nouvelle vision du lieu — je voulus d’abord en faire un hôtel, un espace ouvert, vivant, accueillant. Aujourd’hui, le Mas Sant est redevenu une maison d’habitation, mais il conserve les traces de cette métamorphose.

Quant au cloître que voici :

il n’existait pas. C’est moi qui l’ai imaginé, dessiné et… fait construire !

À l’origine, une route séparait deux bâtiments.

Le cloître est venu les unir, les fondre en une seule entité, comme on relie deux chapitres d’un même livre pour en faire une histoire cohérente. Les colonnes : 120 tonnes de matériaux qui sont venus d’Inde avec des colonnes, des dalles de pierres, etc. (voir aussi le chapitre suivant : La chapelle).

Ce lieu, désormais, respire l’unité, la mémoire et la renaissance. Ce lieu, empreint d’histoire et de mystère, devint peu à peu mon refuge, mon chantier, mon œuvre parallèle. J’y ai projeté mes rêves d’architecte, ma patience d’artisan, et ma quête d’harmonie. Entouré de mains expertes, j’ai entrepris une restauration respectueuse, presque liturgique. Et vous comprendrez pourquoi j’utilise ce terme en lisant le chapitre suivant dédié à la chapelle. Le Mas Sant est devenu bien plus qu’un édifice restauré : un témoin vivant du temps qui passe, un miroir de ma propre évolution. En le reconstruisant, c’est aussi une part de moi que j’ai réédifiée — une part plus ancrée, plus apaisée, plus fidèle à l’essentiel.

A suivre

Prochain épisode : S’habituer… ou s’adapter ?

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