Hommage à Irène Perrenoud (1925-2008)

Alors que le monde se couvre de lumière et que les chants de Noël s’élèvent avec la gravité des choses essentielles, ce Noël 2025 ravive ces présences invisibles qui veillent encore dans nos vies. Pour ses enfants Sonya Perrenoud et Boris Perrenoud, le chef d’orchestre neuchâtelois installé depuis tant d’années à Vienne, c’est la voix douce de leur mère, Irène, qui revient. Une voix faite non seulement de patience, mais surtout de bonté et de cette tendresse discrète qui ne s’impose jamais mais qui demeure. Elle fut l’une de ces âmes rares dont la lumière ne s’éteint pas avec le temps : une lumière humble, fidèle, qui continue d’éclairer les chemins de ceux qui l’ont aimée. En cette saison où l’on célèbre la paix et la douceur, il célèbre la sienne et lui rend hommage. Sa présence intérieure qui fut, pour beaucoup, mais essentiellement pour lui, une mélodie essentielle. Irène Perrenoud demeure cette harmonie profonde qui traverse les années sans faiblir, comme un motif secret au cœur d’une œuvre. Et en rendant hommage à Irène Perrenoud, notre contributeur honore aussi la femme qui a donné un cœur humain à la musique de sa famille, et qui, par sa force silencieuse, l’a guidé vers la carrière internationale qu’il poursuit aujourd’hui avec succès. La Rédaction

Notre mère… Irène… avait cette lumière douce qui ne cherchait presque jamais à briller, mais qui éclairait tout de même. Une lumière qui vous suivait sans un son, avec cette tendresse qui se devine plus qu’elle ne se remarquait. Toute sa vie, elle a mêlé une grande culture à une immense bonté— une bonté, d’ailleurs, qui ne se négociait pas, mais qui – nous pouvons puis le dire en tant que ses enfants –  faisait simplement partie d’elle. Elle fut l’épouse et la confidente de notre père, Jean‑Frédéric Perrenoud. Elle eut une patience que nous avons réussi à hériter. Elle le suivait dans ses élans mais aussi dans ses doutes. Elle l’accompagnait plus d’une nuit blanche — ces nuits que les compositeurs connaissent trop bien, Beethoven, Chopin, Debussy, Mozart, Mahler, Stravinsky — et il faudrait d’ailleurs ajouter à cette liste celui qu’elle aimait et soutenait : Jean‑Frédéric Perrenoud. Elle connaissait ces existence musicale, leurs insomnies habitées, leurs quêtes obstinées, et elle traversait ces heures avec le compositeur, en silence, avec cette patience tendre qui était sa manière d’aimer. Du reste, elle le faisait avec une telle douceur qu’on aurait presque cru que l’insomnie était une activité familiale. Là où naissaient les œuvres musicales de son homme, elle était ce souffle calme qui remet les choses à leur juste place. Elle écoutait, elle conseillait, elle apaisait — parfois même d’un simple regard. Elle avait cette finesse qui permettait de dire beaucoup sans parler, et d’aider sans qu’on s’en rende compte. Aujourd’hui, j’oserai dire de notre mère qu’elle fut une muse qui ne revendiquait rien, mais qui laissait partout sa trace. Elle n’était pas seulement témoin du chemin artistique de notre père. Elle en était la complice la plus fidèle ! Elle portait les projets comme on porte un enfant : avec inquiétude parfois, avec fierté souvent, avec amour toujours. Elle accueillait les victoires avec un sourire discret, et les renoncements avec cette force tranquille qui nous a tant appris. Par son élégance morale, par sa loyauté presque farouche, elle a donné un cœur humain à l’exigence artistique. Elle a fait de la beauté quelque chose de vivant, de quotidien, de respirable. Et si aujourd’hui nous parlons d’elle avec cette émotion qui nous surprend encore, c’est peut‑être parce qu’elle continue de nous accompagner. Moi, Boris Perrenoud son fils, dans mes choix, dans mes doutes, dans mes élans de chef d’orchestre international. Avec cette même lumière douce, cette même présence silencieuse, et ce petit sourire qui semblait dire : « Tu peux y aller. Je suis là, à tes côtés.

Aujourd’hui, alors que nous vivons de notre passion musicale, le souvenir de notre maman – Irène Perrenoud –circule dans chaque note et dans chaque silence, comme une lumière intérieure que rien ne peut éteindre. Elle demeure au cœur de l’œuvre de mon père, Jean‑Frédéric Perrenoud, non pas comme une réminiscence lointaine, mais comme une présence intime — une source d’inspiration, d’équilibre et de justesse, toujours vivante dans le souffle même de la musique.

Rendre hommage à notre mère, c’est reconnaître la grandeur tranquille d’un soutien sans lequel tant de chemins seraient restés inachevés. C’est saluer la noblesse d’une vie partagée avec une fidélité rare, une vie où l’amour n’était jamais un mot, mais un geste, une patience, une force. C’est mesurer la profondeur d’un lien qui traverse le temps comme une ligne claire au milieu des ombres — une ligne mélodique qui ne se perd jamais, même lorsque l’orchestre se tait.

Que laisse notre mère derrière elle ? Une empreinte discrète, oui, mais indélébile, comme ces motifs cachés que seuls les musiciens attentifs entendent et qui pourtant donnent tout son sens à l’œuvre. Elle fut celle qui nourrissait la créativité de mon père, celle qui le protégeait dans les tempêtes silencieuses de la composition. Puis-je affirmer qu’elle éclairait sa musique par la puissance secrète de son cœur ? Oui, absolument. Elle en était la pulsation intérieure, la note tenue qui soutient l’ensemble sans jamais réclamer la lumière.

Aujourd’hui encore, notre mère demeure une présence qui veille, quelque part entre les portées, dans cet espace fragile où naissent les œuvres et où demeurent les êtres essentiels. Elle appartient désormais à cette musique intérieure que rien n’efface, à cette harmonie profonde qui continue de résonner bien après que les instruments se sont tus.

Alors oui, notre mère est une lumière qui ne s’éteindra jamais. Une lumière musicale, faite de douceur et de justesse, qui accompagne encore et toujours ceux qu’elle a aimés — comme une présence, un dernier accord suspendu, qui continue de vibrer en nous…

Sonya et Boris Perrenoud

https://www.youtube.com/watch?v=lYjO4CxqnEU&list=PL749DDF4746E2FE81

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