Le mystérieux tableau – épisode 3 

Un grenier rempli de vieux tableaux énigmatiques

L’avènement des femmes peintres au 19e siècle est marquée par une lutte pour leur reconnaissance et leur émancipation. Les femmes artistes ont cherché à s’affranchir des normes et à acquérir une autonomie professionnelle. Des artistes telle Rosa Bonheur ont joué un rôle crucial en dirigeant des établissements et en conseillant les femmes artistes.  C’est donc une période charnière dans l’histoire de l’art que nous raconte en ce 3e épisode Nathalie Gineste, notre spécialiste ès art. La rédaction 

Retrouvez les épisodes précédents :

Le mystérieux tableau : un lourd héritage 

Maintenant, tout le monde m’appelle Madame Léon Bertaux et cela me fait sourire. Un prénom masculin pour une femme. C’est bien original ! Le temps est maussade et je rentre d’un pas pressant. 

Je reviens de chez mon ami Émile Loubon. Cette bête noire et monstrueuse l’a vaincu. Il n’est plus. Elle l’a rongé jusqu’à l’os. Vous vous rendez compte…  

Saleté de cancer ! Je suis attristée.  

Lasse, je me laisse tomber sur mon fauteuil voltaire que j’affectionne tant. Je regarde tout autour de moi. Mon atelier me rassure. C’est mon cocon où je me sens rassurée. Quelle émotion ! Mon regard se pose sur cette toile que j’ai entre les mains. Je suis émue. Son épouse me l’a confié, car c’est le trésor d’Emile :  

– Un cadeau qui lui était destiné, paraît-il

Cette œuvre a fait couler beaucoup d’encre et reste un mystère. Elle n’est pas signée. Sur les deux personnages représentés, je reconnais mon tendre et doux ami Émile Loubon. Il ressemble un peu à Alfred Bruyas. Quant au second personnage, il reste une énigme. Les années passent. Je m’investis corps et âme dans mon association des femmes peintres et sculptrices. Je suis devenue un phare pour les défendeurs des droits de la femme. Je prône leur liberté. Eh oui ! Les femmes artistes commencent à se montrer à la lumière dans les expositions. Il faut qu’elles deviennent égales à l’homme. Je me battrai jusqu’au bout pour qu’elles puissent avoir accès aux mêmes enseignements des arts. Mon atelier, au 17ème marche à merveille. Mon ami serait fier de moi !  

Les beaux jours arrivent. J’entends les oiseaux et les premiers rayons de soleil entrent dans l’atelier. Je m’active à ordonner et dépoussiérer quand je découvre le mystérieux tableau bien rangé au fond de l’armoire.  

Que de souvenirs ! 

Je l’accroche illico sur le mur avant l’arrivée de mes élèves.  

Mathilde, des portraits vivants… 

Mes élèves ? Que des femmes ! Bien sûr. Malgré mon âge j’ai toujours autant d’élèves. 72 ans, ça commence à faire un bail, non ? Mais je me régale. Certaines de mes disciples m’aident pour mes commandes, car mes mains commencent à être douloureuses. On dirait de vieux sarments de vignes.  

Mathilde Frances a seulement 18 ans et toute la vie devant elle. Je ferme les yeux et me revois comme dans un miroir. Elle est originaire de St Pons dans l’Hérault où son père était avoué.  Selon mon opinion, elle n’est pas faite pour la sculpture, mais plutôt pour la peinture.  


Mathilde Francès, peinture à l’huile, coucher de soleil sur la Canalette, à Palavas

Mathilde Francès, portrait d’enfant au pastel

Elle a un très bon coup de crayon et excelle dans le dessin. Elle a déjà l’empreinte de son père nourricier, Lina Bill. C’est le pseudonyme de Louis Bonnet. C’est un artiste, lui aussi. Il comprend notre révolution féminine et pousse Mathilde dans nos pattes. Elle a une grande sensibilité et préfère en fin de compte la technique du pastel qui lui permet d’exceller dans le portrait.  

Mathilde Francès, autoportrait au pastel
Mathilde Francès, portrait d’un homme, autour de 1920

… et de la couleur contre la fatalité  

Pauvre Mathilde… c’est une victime de la fatalité. À l’âge de 7 ans, elle perd son père et Lina la prend sous son aile. Plus tard, lorsqu’elle atteint l’âge de 22 ans, son frère unique décède. 

On la rencontre toujours vêtue d’une robe noire et ses cheveux remontés d’un ruban noir.  

Elle vient régulièrement me voir dans l’atelier pour débattre et se confier. Elle s’y sent bien et adore mon mystérieux tableau. Il lui rappelle les liens entre son père nourricier et son maître. Allez savoir pourquoi ! 

Je la regarde fascinée par cette fougue de jeunesse. Elle continue avec ardeur… 

Portrait de Paul Saïn  par Michel, photographe à Avignon. 

Portrait de Frédéric Mistral, par Paul Saïn (peinture à l’huile)

Je la regarde d’un air très surpris. Comment cette jeune fille a pu découvrir qui se cache sur ce tableau ? La porte de l’atelier s’ouvre brutalement et mon amie Rosa nous coupe la conversation. Elle porte bien son nom. Quand elle arrive dans une pièce, elle dégage de la joie et de l’allégresse. Elle aussi elle porte les cheveux blancs comme moi et ses pommettes sont roses et rigolotes. Ses yeux sont pétillants de malices et de curiosités. C’est une femme très intelligente et libre. 

Mathilde répond par un grand sourire. 

Rosa lui parle pendant des heures de nos actions féministes et de son admiration pour l’écrivaine Georges Sand. Nous en oublions notre fameux tableau. Soudainement, un drôle de bruit attire notre attention. Nous nous retournons et apercevons Nathalie Micas. Elle porte un pantalon. C’est la compagne de Rosa et elle ne s’en cache pas. Mathilde très gênée, préfére nous quitter et me laisse avec mon énigme irrésolue. 

Quelques années plus tard, je reçois une lettre de Mathilde qui commence à se faire connaître dans les salons. Je suis fière d’elle. Elle a même un atelier à Montpellier : 1 rue des Ateliers. Cela me fait sourire. Elle souhaite me revoir au sujet du mystérieux tableau et me présenter un certain Ludo Chauviac qui est plus jeune qu’elle de 10 ans. Mais pourquoi veut-elle me revoir ? A-t-elle résolue l’énigme du tableau ? Et ce Ludo…..Qui peut bien être ce Ludo ?  

A suivre …

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