Le monde extraordinaire des plantes  

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Métarmorphose du Chac Môol -2004

Un jour ou l’autre, l’étonnante diversitĂ© du monde vĂ©gĂ©tal nous a tous Ă©merveillĂ©. DĂ©jĂ  notre Ă©diteur nous avait conseillĂ© de nous Ă©merveiller !

Maintenant, c’est notre inĂ©narrable comte de Grandvaux, revenu de son long pĂ©riple Ă  l’étranger, qui prend la relĂšve. Mais il n’est pas seul. Annie Cassez a bien voulu lui accorder quelques interviews exclusives pour notre magazine. Voici donc le premier Ă©pisode qui pose le dĂ©cor – vĂ©gĂ©tal – si nous pouvons dire avant d’aborder la vocation de cette artiste bien connue dans l’art et la botanique. La rĂ©daction   

Annie Cassez

CG : Annie, l’art botanique est un genre artistique qui consiste Ă  reprĂ©senter les plantes avec le plus de fidĂ©litĂ© et de prĂ©cision possible, n’est-ce pas ? 

AC : Oui, tout Ă  fait et ce, Ă  des fins scientifiques ou esthĂ©tiques. Il se distingue d’ailleurs des autres formes de reprĂ©sentation des fleurs, comme les natures mortes ou les symboles religieux. Ce qu’on lui demande, c’est le souci du dĂ©tail et de la vĂ©ritĂ© botanique.

CG : Nous y voilà ! La botanique est la science qui Ă©tudie les plantes. Elle a commencĂ© Ă  se dĂ©velopper dans l’AntiquitĂ©, avec les travaux de ThĂ©ophraste, considĂ©rĂ© comme Ă©tant le pĂšre de la botanique.  

AC : ElĂšve et successeur d’Aristote au IVe siĂšcle av. J.-C., il est effectivement considĂ©rĂ© comme le pĂšre de la botanique. Il a Ă©crit deux ouvrages importants sur les plantes : Histoire des plantes et Causes des plantes, oĂč il a dĂ©crit et classĂ© environ 500 espĂšces vĂ©gĂ©tales. 

CG : Je connais seulement son ouvrage Les caractĂšres, oĂč il dĂ©crit avec beaucoup d’humour et finesse les vices et les travers des hommes. Il est le premier Ă  les classer selon leur trait dominant. Il a composĂ© une trentaine de textes courts oĂč il dĂ©peint des personnages, tel le flatteur, le rustre, le brutal, le superstitieux, l’impudent, le piquant, etc. Il fit donc le portrait des hommes comme toi, Annie, tu fais le portrait des vĂ©gĂ©taux.  

AC : (rire) Je connais des personnes qui ont du piquant comme tu le dis. J’ai dessinĂ© le chardon.  

En commun avec les personnes qui ont un caractĂšre acerbe et mordant, le chardon est une plante indĂ©sirable qui pousse dans les cultures ou les jardins. Ses feuilles sont piquantes ou prĂ©sentent des Ă©pines. Mais, Ă  l’instar des personnes piquantes, le chardon peut aussi avoir des vertus apprĂ©ciables. 

 CG : ThĂ©ophraste n’a rĂ©pertoriĂ© que 500 plantes. Or, selon une trĂšs rĂ©cente estimation, il y aurait environ 386 000 espĂšces de plantes dans le monde. Ce nombre inclut les plantes Ă  fleurs, les conifĂšres, les fougĂšres, les mousses et d’autres groupes de plantes. Cependant, il est tout Ă  fait possible qu’il existe encore beaucoup d’espĂšces de plantes qui n’ont Ă©tĂ© ni dĂ©couvertes ni dĂ©crites par les scientifiques. 

AC : Evidemment, la botanique a grandement Ă©voluĂ© au fil des siĂšcles et des millĂ©naires.  

CG : Oui, surtout parce que d’innombrables explorateurs et les botanistes qui les ont accompagnĂ©s ont ramenĂ© des plantes de leurs voyages. Ils ont enrichi la connaissance et la diversitĂ© des plantes dans le monde. Il est prĂ©vu que la rĂ©daction lance une nouvelle sĂ©rie qui racontera comment la tomate, le maĂŻs, la vanille, le cacao, le tabac, le piment, l’ananas sont arrivĂ©s chez nous. Mais aussi des plantes comme le poivre, le girofle, la cannelle, le cafĂ©, le thĂ©, le magnolia, le camĂ©lia, le mimosa, le myrte, etc. Avec la dĂ©couverte de nouvelles espĂšces vĂ©gĂ©tales est nĂ© l’art botanique dont tu sais nous parler avec brio, puisque qu’aprĂšs un diplĂŽme d’ethnobotanique appliquĂ©e Ă  l’UniversitĂ© de Lille, tu t’es formĂ©e Ă  l’illustration botanique.    

AC : L’art botanique est une discipline nĂ©e de l’observation scientifique, l’objectif initial Ă©tait de reprĂ©senter le plus fidĂšlement possible les plantes observĂ©es pour remplacer les herbiers trop fragiles et difficiles Ă  conserver. N’oublions pas non plus que les plantes sĂ©chĂ©es ne gardent pas certains Ă©lĂ©ments de la plante, telle que la couleur ou le volume, par exemple. 

CG : Je t’ai rencontrĂ©e en 1988 lorsque tu exposais tes peintures dans une galerie Ă  GenĂšve. Et j’adorais tes huiles. Plus tard, en 2005, j’ai dĂ©couvert cette toile
. 


 qui augurait peut-ĂȘtre dĂ©jĂ  ton amour des vĂ©gĂ©taux.

Plus tard, en 2011, tu m’as fait voir  

Les poivrons ©Annie Cassez

cette magnifique Ɠuvre Ă  l’huile et quand une annĂ©e aprĂšs, tu m’as montrĂ© des dessins de nus, j’ai rĂ©alisĂ© combien tu Ă©tais talentueuse.   

Julia ©Annie Cassez

Pourquoi alors cette bifurcation sur l’art botanique ?  

AC : Eh bien, parce que c’était une autre Ă©poque.  Autrefois, les gens achetaient des tableaux et soutenaient ainsi les artistes. Ces dix derniĂšres annĂ©es, il est devenu difficile de se faire un nom pour que nos Ɠuvres se vendent Ă  un prix correct. Va savoir pourquoi ?  

CG : Je peux Ă©ventuellement te rĂ©pondre pourquoi le grand public n’achĂšte plus de tableaux de peintres peu connus. Vois-tu, le marchĂ© de l’art est dominĂ© par quelques acteurs, telles que les maisons de ventes aux enchĂšres, les galeries, les musĂ©es, les collectionneurs privĂ©s, etc. Tous ces acteurs ont Ă©videmment un immense pouvoir d’influence d’abord sur l’estimation d’une valeur et la diffusion des Ɠuvres d’art. 

AC : Oui, bien sĂ»r, le goĂ»t du public pour l’art Ă©volue avec le temps. Les courants artistiques du XIXe et du XXe siĂšcle, tel que l’impressionnisme, le cubisme, l’expressionnisme, le surrĂ©alisme, etc., ont souvent choquĂ© ou dĂ©routĂ© le public par leur nouveautĂ© ou leur audace. Aujourd’hui, le public est peut-ĂȘtre davantage attirĂ© par d’autres formes d’art. La demande, l’offre, la raretĂ©, la mode et les tendances du marchĂ© de l’art peuvent effectivement faire varier le prix d’un tableau selon d’innombrables autant diffĂ©rents qu’imprĂ©visibles paramĂštres. VoilĂ  pourquoi j’ai changĂ© de paradigme et que je me consacre maintenant totalement Ă  l’art botanique. LĂ  au moins j’évolue !  

à suivre 

Annie Cassez est membre de l’American Society of Botanical Artists  et fellow member  de la prestigieuse Society of Botanical Artists (SBA) qui est la plus ancienne et la plus sĂ©lective sociĂ©tĂ© botanique du monde. Annie Cassez a illustrĂ© plusieurs ouvrages dont

Santé et sagesse de la Terre Les fruits oubliés

que nous vous avons présenté dans notre rubrique Lu pour vous :

Lu pour vous

Voir aussi https://www.anniecassez.com/ pour admirer le travail d’Annie

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