Les coulisses d’une promesse

Certains destins ne se choisissent point : ils naissent de ces éclats d’enfance où s’ordonne une vie. C’est l’histoire d’une promesse, scellée aux marges des ténèbres et tenue au rythme de ces dizaines de milliers de micro-gestes chirurgicaux qui, d’abord en Inde et aujourd’hui sur les terres d’Afrique, arrachent des milliers d’êtres à la cécité. C’est aussi l’histoire d’un homme mûr qui, au cœur de la quiétude catalane, veille inlassablement à nourrir la pérennité de ses fondations, Vision for All Suisse et France..À travers ce court portrait, nous pénétrons dans l’intimité du professeur André Mermoud : un voyage au long cours où la haute science ophtalmologique épouse l’exigence humaniste, guidée par un viatique aussi simple qu’absolu — « Ne jamais abandonner ! » Ici, c’est l’éditeur qui se fait conteur de la genèse de ce film. La Rédaction

Il est des existences qui se racontent à la manière d’une partition classique : un thème initial, d’une lumineuse simplicité, que les années enrichissent de variations amples, graves et nécessaires. Le film de quatre minutes et une seconde que nous venons de tourner et de monter autour du professeur André Mermoud – et dont je veux ici entrouvrir les portes de l’atelier – obéit à cette même exigence. Ne pas chercher l’effet facile, éviter l’hagiographie convenue, mais aller droit au battement de cœur : cette fameuse promesse d’enfant, scellée au creux d’un miracle intime, qui gouverne une vie entière de pionnier.

Lorsque la caméra rencontre l’essentiel

Tourner avec André Mermoud, ce n’est pas seulement braquer un objectif sur un grand spécialiste mondial du glaucome ou sur le fondateur infatigable de Vision For All. C’est accepter de se mettre à l’écoute d’un homme dont le regard a sondé les ténèbres de dizaines milliers de patients pour leur restituer l’éclat du monde. Dans les coulisses de ce tournage, point de machinerie pesante ni de poses artificielles. Le décor s’est imposé de lui-même : d’un côté, la rigueur feutrée et lumineuse de ses engagements ; de l’autre, cet ancrage terrien et souverain de Mas Sant, en terre catalane, où les deux cent quatre-vingts hectares d’oliviers et de vignes rappellent que la grande médecine, tout comme la terre, réclame le temps long, la patience et surtout le respect du vivant.

Nos lectrices ou lecteurs qui liront ces lignes ou visionneront ces images dans Découverte-MAG le ressentiront immédiatement : la force d’un tel portrait réside dans sa nudité.

Si le Professeur Mermoud avance aujourd’hui avec cette inlassable rigueur, c’est qu’il porte en lui la mémoire d’un autre temps. André Mermoud n’en dira rien, car les hommes de cette trempe, eux, n’étalent pas leurs cicatrices. Il ne le dira jamais de sa bouche, mais je le savais : l’enfant qu’il fut, autrefois terrassé par la maladie et sauvé par un double miracle — maternel et médical —, a scellé là une dette sacrée. Chaque regard sauvé aujourd’hui n’est que la longue fidélité à cette promesse d’autrefois.

L’artisanat de la transmission

Je souhaitais lever le voile sur l’alchimie de la mise en mots et en images. Comment condenser un demi-siècle de don de soi, de voyages sur les pistes de l’Afrique subsaharienne et d’exigence humaniste en quelques minutes, sans jamais trahir la profondeur du sujet ? C’est le privilège des rencontres vraies. Entre le chirurgien et l’éditeur, l’échange n’a pas nécessité de longues répétitions.

La beauté du Mas Sant ….

… et celle de sa chapelle

La connivence intellectuelle, l’amour partagé des belles choses — qu’il s’agisse de la texture d’une huile d’olive d’exception ou de la beauté de la chapelle du Mas Sant —, et par-dessus tout, la profonde amitié qui nous lie, ont immédiatement dicté le ton. Sur le plateau, entre deux prises, on sourit de la gravité même de l’exercice. Le Professeur sourit, manie cette ironie tendre des grands esprits qui ne se prennent jamais au sérieux tout en prenant leur mission avec une intransigeante rigueur. Et puis, il y a cette phrase, lâchée presque en confidence, qui résonne comme un viatique et que l’on retient comme le sceau de toute une existence :

« Ma devise, trois mots qui changent tout : n’abandonne jamais. »

Film produit par ALAIN BARBIER en collaboration avec
l’ACADEMIE DE MUSIQUE DE VIENNE.
REALISATION: BORIS PERRENOUD

www.wienermusikakademie.at

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