La beauté en miettes

Idée et concept d’image ©decouverte-mag.com

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Après le comte de Grandvaux qui s’est épanché sur la beauté féminine, la rédaction vous propose maintenant un texte d’Alexandra Legrand qui ne caresse vraiment pas les standards esthétiques dans le sens du poil. Ici, pas de filtres, pas de retouches, pas de faux-semblants. Ce manifeste bouscule les codes, fracasse les normes, et revendique une beauté libre, cabossée, vivante. Une beauté qui ne cherche pas à plaire, mais à exister. Préparez-vous à voir autrement et rappelez-vous que la plupart de ces textes ici en résumé, figureront dans l’ouvrage La beauté sublimée que publiera notre maison d’édition. La Rédaction

‘On’ nous a dressés comme des chiens devant des vitrines : visages lisses, corps calibrés, paysages photoshopés. Depuis l’enfance, on nous a appris que la beauté était une affaire de normes, de chiffres, de perfection. Mais qui a décrété que la beauté devait être lisse, jeune, symétrique ? Et si tout cela n’était qu’un mensonge bien emballé ? Laissez-moi démonter le décor, arracher le masque. Je vous invite à regarder ailleurs — là où la beauté ne se vend pas, ne se mesure pas, ne se retouche pas. Dans les rides, les failles, les silences. Dans l’ordinaire, le brut, le vrai. Car la beauté n’est pas un idéal à atteindre. C’est une vérité à retrouver.

J’ai décidé d’oublier tout ce qu’on m’a appris sur la beauté. Les magazines, les influenceurs au sourire clinique, les publicités avec des peaux lisses comme des billards, tout ça, c’est du mensonge. De la pure fiction ! Pour moi, la beauté est une vaste blague à laquelle j’ai trop longtemps fait semblant de croire. La beauté, je la trouve quand j’arrête de me prendre au sérieux et que j’embrasse mon propre chaos. Et c’est là que ma vie devient intéressante.

Je refuse le concept du cheveu parfait, celui qui a l’air d’avoir été coiffé par un régiment de stylistes. Ma vraie gloire capillaire, c’est le cheveu en bataille. C’est la coiffure « je me suis battu avec mon oreiller et j’ai gagné, mais à quel prix ? ». Chaque épi est une déclaration de mon indépendance, chaque nœud raconte une histoire de rêve agité ou de nuit blanche à refaire le monde. Loin du lissage brésilien, je cultive la splendeur du cheveu qui fait sa vie. C’est un style qui dit : « j’ai des choses plus importantes à faire que de me brosser les cheveux, genre, sauver le monde ou manger des frites. »

On me vend la perfection, la peau sans pores, sans défauts, sans âme. Mais je ne veux pas d’un visage vide de toute expression. Mon visage est un paysage. La ride du front, c’est la carte des soucis qui m’ont fait grandir. Mes cernes, c’est la preuve que j’ai vécu, que j’ai ri, que j’ai pleuré, que j’ai trop regardé de séries jusqu’à 4h du matin. Chaque petite imperfection est un coup de pinceau qui me rend unique. On ne retouche pas un Basquiat[1], alors pourquoi me retoucherais-je la tronche ? La beauté, pour moi, c’est une cicatrice qui raconte une chute à vélo, une tache de rousseur qui est là depuis toujours. C’est la vie, tout simplement.

Les règles de la mode ? Je les ignore superbement. Ma vraie classe, c’est de porter des chaussettes dépareillées avec fierté. C’est d’enfiler une robe de soirée pour aller acheter du pain. C’est le culot d’une audace assumée. Le chic, ce n’est pas d’être assorti, c’est d’être surprenant. J’aime avoir l’air d’avoir tout faux pour avoir tout bon. Mon look dit : « je ne suis pas là pour m’excuser de qui je suis, mais pour le célébrer ». C’est un grand écart stylistique qui révèle ma personnalité hors du commun.

Et la nourriture, alors ? Je refuse de culpabiliser pour chaque gâteau au chocolat, chaque verre de vin, chaque burger. La vie est trop courte pour manger des graines de chia en me morfondant. Ma vraie beauté, c’est le plaisir ! C’est ce sourire extatique quand je plonge ma fourchette dans un fondant au chocolat. C’est la trace de sauce tomate sur le coin de mes lèvres qui raconte l’histoire d’un repas savoureux, sans filtre. Le bonheur est un ingrédient de la beauté. Et rien n’est plus beau qu’un visage heureux, un rire franc, sans calcul, sans retenue. En fin de compte, la beauté est un état d’esprit, pas un état physique. C’est la laideur qui a le sens de l’humour. Je me prends pour une œuvre d’art abstraite, une « belle épave » en pleine reconstruction. C’est accepter mes défauts, mes travers, mes manies, et les transformer en force. C’est refuser de me plier aux injonctions, de me conformer à un idéal absurde. La vraie beauté, pour moi, c’est la liberté d’être moi, de rire de moi, de m’aimer un peu, beaucoup, passionnément, avec un grain de folie.

Alors, la prochaine fois que mon miroir me tend une image imparfaite, je souris. Je suis magnifique. Je suis déglinguée, je suis unique. Je suis tout sauf ennuyeuse. Et c’est ça qui compte, non ?

[1] Un « Basquiat » désigne une œuvre de Jean-Michel Basquiat, artiste américain emblématique du mouvement néo-expressionniste, connu pour ses peintures puissantes mêlant graffiti, symboles, textes et références culturelles. Ses toiles sont reconnaissables par leur style brut, énergique, et leur contenu souvent engagé : anatomie, culture afro-américaine, injustice sociale, pouvoir, argent. Il mêle dessins enfantins, mots griffonnés, symboles mystiques et références historiques, créant un langage visuel unique.(NDLR)

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