D’abord perçu comme une tendance vouée à l’oubli dans un futur relativement proche, le vintage est devenu un mode de vie. Habillement, accessoires, automobile, décoration, packaging: il est partout. Loin de la passade éphémère escomptée, il est ancré depuis plusieurs années dans le coeur des consommateurs. Pourtant, cet engouement commercial ne cacherait-il pas un syndrome plus profond qu’une simple lubie pour les chemises à fleur et le col deltaplane? Certes. Permettons-nous alors d’avancer la théorie suivante: Le rétro est un phénomène sociologique qui nous pousse vers le passé, l’enfance et ses souvenirs sucrés, une période ou tout était plus simple.

Quand j’étais petit garçon…

Téléviseur rétro, télé vintage pour illustrer l'article de Philippe Monnier.
Un téléviseur vintage.

Ce retour aux sources de nos choix de consommation n’est pas sans rappeler la fameuse madeleine de Proust. Un goût unique qui nous replonge en une seconde dans les bonheurs innocents, les joies instantanées, jouissives et la fougue gorgée d’espoir propre à l’enfance. Un enfant ne se pose pas mille questions. Il vit au présent. Mieux encore, il savoure l’instant présent dans sa quintessence la plus originelle. Ce n’est que plus tard que surviennent le doute, le stress et l’angoisse du lendemain. L’enfant est pur. Son âme est intacte et son coeur plein d’amour. Après, ça se complique. En grandissant, on devient poreux au poison qui ne nous lâchera plus jusqu’à la mort. Il s’immiscera au plus profond de nous jusqu’à nous rendre aigris, envieux, jaloux. Alors, lorsqu’il nous aura bien formatés, nous serons prêt à affronter et surtout à ACCEPTER, sans rechigner, un monde perfide et abject. La politique, les médias et le marketing sauront user de tous les stratagèmes pour nous enterrer dans une liberté conditionnelle consentie.

Résiste, refuse ce monde égoïste

Che Guevara, icône ad vitam aeternam de la révolution.
Che Guevara.

Mais, au fond de certains d’entre nous, persiste une flamme, un schéma sentimental qui nous pousse à ne pas accepter l’inacceptable. Une petite voix, une effluve subtile qui vient flatter nos narines et nous rappelle qu’on peut lutter contre l’esclavagisme moderne. Avec quelles armes? Un cerveau et un peu de compassion. Facebook et les réseaux sociaux regorgent de Che Guavara au rabais qui pensent que la révolution s’initie en partageant une publication de Greenpeace. Non mais sérieux, les gars, un petit partage et après, on se gave de frites MacCain? Heu, comment dire… Si la révolution se faisait bien au chaud derrière son écran d’ordinateur et reluquant de temps en temps “Les Marseillais contre le reste du monde”, on vivrait dans le meilleur des mondes (cf. Aldous Huxley).

Si Madame Cabrol, ma professeure de Français du collège de la rue de Châteaudun lisait mes élucubrations ci-présentes, elle émargerait peut-être ma copie d’un “hors-sujet” cinglant. Force m’est d’avouer que je me suis un peu éloigné du sujet de départ, à savoir, le vintage. Pourtant, à l’heure où l’horizon est barré par le chômage, la maladie, la planète qui se meurt, la violence, l’individualisme et le manque de compassion, ne cherchons-nous pas tout simplement à retrouver le cocon confortable d’insouciance qui enveloppait notre enfance ?

Forever young

Lorsque j’avais vingt ans, dans les années 90, mon seul but était de jouer de la guitare avec mes amis et de passer des soirées autour d’un feu de camp, au bord d’un étang, à chanter “If you’re going to San Francisco” et la variante française qui parle d’une maison bleue, bien entendu.

Mais, en s’y penchant de plus près, déjà à l’époque, un anachronisme chronique nous faisait regretter de ne pas avoir connu les années 70 vintage. Parce qu’au fond, même si on était “insolents et drôles” comme le chantait si bien Bernard Lavilliers, on regrettait déjà un passé que nous n’avions pas vécu, mais qu’on tentait de reconstruire dans nos modes de vies et nos looks décalés : guitare folk, cheveux longs, un mélange de fringues grunge et baba-cool. Parce qu’au fond, les années 90, ce n’était déjà plus “peace and love”. Le spectre du chômage planait dangereusement sur nos “jeunesses ébauchées”. Le SIDA avait depuis longtemps évaporé nos rêves d’amour libre et sans limite. La gangrène idéologique nous propulsait dans un avenir préfabriqué et réglé par le psaume indémodable : travail, famille, patrie. Ah non, pardon, je m’égare. Plutôt un conseil comme “essaie de t’en sortir, suis les règles et de temps en temps, éclate-toi pour ne pas dépérir et mourir de désespoir”. On a lutté contre la morosité ambiante. On a un peu déconné, on a parfois tout déchiré et au fond, on s’est éclatés. Pour de vrai. On a refait le monde, mais sans discours à la noix des prétendus penseurs à deux francs (oui, c’était avant l’euro!) qui rôdent sur les réseaux sociaux, à la recherche d’un auditoire écervelé et consentant. On était juste heureux d’être ensemble à gratter quelques accords sur un manche, à fredonner quelques paroles de chansons qui résonnent encore aujourd’hui comme des hymnes à la liberté.

Avec le temps va, tout s’en va

Alors, si aujourd’hui, le culte du vintage et les odes à la gloire du passé font encore recette auprès des plus jeunes, c’est pour la simple et bonne raison que le passé, les souvenirs et les évocations d’un temps révolu se voilent peu à peu d’une brume enjolivante, comme les reliques se couvrent de poussière. “Ça donne du cachet” dit-on. Chaque génération cherche dans la précédente des repères et les reprend à son compte, à travers le prisme d’une vision actuelle, ce qui en modifie forcément la perception. En 1996, la vie n’était ni plus belle, ni plus laide qu’aujourd’hui. On se levait chaque matin avec des objectifs, des craintes, des espoirs et des rêves. Simplement, il y a ceux qui se sont laissés pétrifier par la peur et il y a ceux qui ont pris leur guitare et sont partis passer un bon moment avec des potes qui, trente ans plus tard, sont leurs amis de toujours, et pour toujours.

Ainsi, pour lutter contre la morosité ambiante qui vous est présentée comme une religion, prenez une guitare, une bonne bouteille, ou simplement votre joie de vivre et passez un coup de fil aux gens que vous aimez. Retrouvez-vous et célébrez le plaisir d’être ensemble, la joie de partager quelque chose en vrai, le bonheur d’être en vie.

Voilà, c’est fini

Au risque d’avoir déçu ceux qui s’attendaient à un passage en revue des derniers accessoires vintage, j’invoque (comme excuse) le choix assumé d’une envolée lyrique sans garde-fou. Découverte n’est pas un magazine formaté. Ses contributeurs ne le sont pas non plus. J’espère qu’au gré de ces quelques lignes, vous aurez trouvé un écho à certaines de vos pensées. N’hésitez pas à réagir en laissant un commentaire ci-dessous.

Clins d’oeil disséminés dans cet article :
– “Quand j’étais petit garçon” : paroles empruntées à “En chantant” – Michel Sardou.
– “Résiste, refus ce monde égoïste” : paroles empruntées à “Résiste” – France Gall.
– “Forever young” : paroles empruntées à “Forever young” – Alphaville.
– “If you’re going to San Francisco” : paroles empruntées à “San Francisco” – Scott Mc Kenzie.
– La maison bleue se réfère bien entendu à “San Francisco” – Maxime Leforestier.
– “insolents et drôles” : paroles empruntées à “Noir et blanc” – Bernard Lavilliers.
– “jeunesses ébauchées” : paroles empruntées à “Tant de nuits” – Alain Bashung.
– “Avec le temps, va, tout s’en va” : paroles empruntées à “Avec le temps” – Léo Ferré.
– “Voilà c’est fini” : paroles empruntées à “Voilà c’est fini” – Jean-Louis Aubert.

1 COMMENTAIRE