A bord du Renaissance…aube ou crépuscule ? 

À première vue, cette image capturée depuis ma magnifique cabine balcon 9158 pourrait évoquer un coucher de soleil : l’astre frôlant l’horizon, les reflets dorés sur une mer paisible. Mais est-ce vraiment la fin du jour… ou bien l’aube d’un nouveau matin ? À bord d’un paquebot, l’ennui n’a jamais sa place — notre éditeur passionné par la mer et les paquebots– l’a toujours affirmé. Plusieurs auteurs vous conteront bientôt les moments forts de cette croisière exceptionnelle lancée par l’École suisse de naturopathie pour animaux, avec ses conférences enrichissantes et ses rencontres inspirantes. Mais pour l’heure, notre éditeur souhaite vous inviter à un autre voyage : celui de la mer elle-même, dans toute sa magie silencieuse et infinie. La Rédaction

Ce matin-là, en émergeant doucement du sommeil, mon premier regard s’est posé sur l’immensité bleue au large de la Sardaigne et sur l’immense tache de lumière en proue du navire. Cette lumière semblait être suspendue à l’horizon comme une offrande céleste, silencieuse et parfaite. La lumière naissante d’un jour plein de promesses.

C’est là tout le privilège d’une cabine avec balcon : savourer la brise marine et contempler la mer dans sa splendeur, sans contrainte, sans hâte. On peut rester en peignoir blanc – du reste fourni par l’armateur pour cette catégorie de cabine –, s’abandonner à la paresse, et retarder le moment du copieux petit-déjeuner. Je pariais volontiers qu’à cette heure, sur l’un des ponts, flânaient mes deux compagnons de voyage (parmi dix-huit autres) : Roger Juillerat, journaliste et photographe bien connu, et Ralph Schaffllützel, esprit libre et homme aux multiples dimensions.

Lors de cet instant magique, je me suis surpris à méditer. Que signifie l’aube, que signifie le crépuscule ? Sommes-nous témoins d’un commencement ou d’une fin ? D’un élan d’espoir ou d’un soupir de nostalgie ? Et si, au fond, chaque lever de soleil portait en lui la mémoire secrète d’un coucher… et chaque crépuscule, le pressentiment discret d’une aube à venir ? La photo de Roger, bien sûr, n’avait rien de commun avec la mienne, prise depuis ma cabine sans la moindre prétention artistique. Allez savoir pourquoi, ce matin-là Roger fit d’autres photos sur le Renaissance et me montra son coucher de soleil après le repas gastronomique du soir. Voilà qui m’inspira le titre du présent article. Sa photo possède cette sensibilité rare, cette palette de nuances que seul l’œil d’un photographe inspiré sait capter. Je vous laisse en apprécier toute la subtilité de formes des nuages.

En haute mer en ayant quitté Olbia, en Sardaigne

Le second regard est celui de Ralph, cette fois vidéaste. Là où Roger fige l’instant, Ralph le fait respirer. Il choisit de raconter l’aube comme une histoire, une montée en tension, une révélation progressive. Sa vidéo est une chorégraphie de lumière et de reflets, un crescendo visuel qui nous conduit, pas à pas, vers l’émergence du jour.

L’angle est audacieux : au ras des vagues, intime, presque tactile. Le spectateur ne regarde pas — il ressent. Il est invité à patienter, à s’abandonner au rythme lent de la naissance du jour, comme on attend le premier cri d’un nouveau-né.

La photo de Roger impose le silence. Elle invite à la révérence, comme une prière muette adressée à la nuit qui descend. Elle fige l’instant avec une solennité presque sacrée. La vidéo de Ralph, elle, respire. Elle nous entraîne dans une attente féconde, dans le souffle lent de l’aube qui s’élève. Elle ne montre pas — elle révèle. Elle ne fige pas — elle raconte.

L’une est contemplation, l’autre est narration. Et pourtant, ces deux œuvres ne s’opposent pas. Elles dialoguent, se répondent, comme deux voix d’un même air solaire. Car c’est bien le même astre qui les inspire, le même mystère qui les traverse. Ensemble, elles offrent une lecture plurielle du lever et du coucher du soleil : l’un comme fulgurance, l’autre comme crescendo ; l’un comme évidence, l’autre comme dévoilement.

Dans cette dualité, le spectateur est libre. Libre de voir l’aube ou le crépuscule. Libre de ressentir l’instant ou le voyage.

Quant à moi, je n’ai pas douté. C’était l’aube. Je le savais, simplement, parce que je suis sorti sur mon balcon à 7h25 — six minutes après le lever du soleil. Mais au fond, peu importe l’heure. Ce qui compte, c’est ce que chacun y voit. Ce que chacun y ressent.

À l’instar de mes deux compagnons de voyage, chacun animé par le désir de capturer cet instant suspendu, il faut se souvenir que l’aube et le crépuscule ont, depuis toujours, fasciné les artistes, les penseurs, les écrivains et les voyageurs. Ces deux seuils du jour, où le ciel hésite entre ombre et lumière, portent en eux des symboles puissants, parfois opposés, souvent complémentaires.

L’aube est promesse. Elle incarne le renouveau, l’élan vital, le potentiel encore intact. Dans de nombreuses traditions, elle est associée à la jeunesse, à la pureté, à l’énergie ascendante. Elle appelle à l’éveil, à la découverte, à l’action. C’est le moment où la lumière reprend ses droits, conquiert l’espace, et redonne au monde ses contours.

Le crépuscule, lui, est murmure. Il parle de clôture, de bilan, de douceur. Il invite au ralentissement, à l’introspection, à la beauté qui s’efface lentement. Il évoque la maturité, la sagesse, parfois la mélancolie. Mais il n’est pas seulement déclin : il est aussi passage, seuil vers l’invisible, vers le rêve.

Mais revenons à l’aube. Ce matin-là, sur mon balcon, j’ai eu d’abord une pensée profonde pour mon ami, le docteur André Mermoud, le chirurgien ophtalmologue mondialement connu, dont les articles professionnels qu’il fournit à notre rédaction vous captivent. Vous aimez aussi plonger dans les résumés du livre N’abandonne jamais, qu’il est en train de terminer avec la même ferveur qu’il met dans ses missions humanitaires.

https://www.decouverte-mag.com/le-panier-de-bonheur/

Pendant que j’accomplissais ma croisière, je le savais alors en mission humanitaire en Colombie. C’est l’aube qui m’a fait comprendre que pour lui, l’aube n’est pas qu’un phénomène céleste. Elle est aussi une promesse terrestre. Celle d’un médecin des yeux qui tente l’impossible : rendre la vue à ses patients – petits et grands. Eux qui, après avoir passé des années dans l’ombre, entrevoient enfin la lumière du jour. Et dire que chaque matin, dans les blocs opératoires du docteur Mermoud — en Suisse, en Afrique, en Inde ou en Amérique latine — une nouvelle aube se lève sans relâche. Grâce à sa science, à sa précision, à l’humanité de son geste, la lumière revient. Le monde reprend forme, le regard s’ouvre. L’aube devient réalité.

La veille au soir, ma dernière pensée avant le sommeil s’était posée sur les pages de la Revue 21, no 69 de cet été 2025. Moi qui aime tant la mer avait lu avec beaucoup d’intérêt l’article intitulé Du danger d’être cachalot à Toulon.

Et ce matin-là, porté par une pensée pour André Mermoud, face à l’immensité paisible de la Méditerranée, j’ai formulé mes vœux les plus profonds : que cette mer, – comme les regards que le docteur Mermoud aide à renaître–, trouve en elle la force de se régénérer. Qu’elle retrouve sa clarté, sa vitalité et sa biodiversité.

Je vous recommande de regarder  https://www.youtube.com/watch?v=rPYjFJ88q5U

À suivre

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