La première guitare électrique aurait été inventée dans les années 1920 par un luthier de chez Gibson. Pourtant, il faudra attendre les années 1950 pour voir naître les modèles emblématiques encore plébiscités soixante-dix ans plus tard. Parmi elles, la légendaire Gibson Les Paul et les non moins incontournables Fender Telecaster et Stratocatser. Branchées sur un ampli à lampes et dérivées sur une pédale d’effet, les guitares électriques ont ouvert des horizons sonores inédits et infinis. Cette combinaison magique (guitare + pédale + ampli) a propulsé certains groupes et chanteurs de rock dans la postérité grâce, notamment, à des solos inoubliables. En voici cinq sélectionnés selon une méthode scientifique révolutionnaire : le coup de coeur.

Little Wing – Jimi Hendrix

Jimi Hendrix est à la guitare ce que le Thermomix est à la cuisinière moderne: la référence incontournable. Le son de Jimi est brut, son jeu épileptique et sa voix syncopée sur les riffs de guitare absolument envoûtante. Le lundi 18 août 1969, c’est lui qui clôture le festival de Woodstock après trois jours d’excès en tout genre. À l’aube, il monte sur scène et électrise la foule.

Le titre que nous vous présentons ici, Little Wing n’a pas été interprété à Woodstock. Mais, comme bon nombre de chansons de Jimi, ses envolées à la fois puissantes et subtiles oscillent constamment entre riff et solo: c’est là la signature du Voodoo child.

Little Wing, enregistrée en 1967 et interprétée par Jimi Hendrix.

Free bird – Lynyrd Skynyrd

Si on vous dit Lynyrd Skynyrd, vous pensez immédiatement à Sweet home Alabama, une déclaration d’amour à l’état du sud des États-Unis qui épingle au passage Neil Young. En effet, l’année précédente, celui-ci a sorti Harvest, un album mythique sur lequel figure Alabama, une chanson qui n’est pas vraiment une ode au Dixie flag (drapeau des confédérés). Voilà pour l’anecdote.

S’il est un solo guitare de Lynyrd Skynyrd à retenir, c’est bien celui de Free Bird, paru sur l’album éponyme du groupe en 1973 (comme quoi il y a eu des évènements plus réjouissants que le choc pétrolier). En plus, on vous explique même comment prononcer le nom du groupe. Sympa, non?

Comme bien souvent avec les solos de légende, il faut patienter un peu mais n’ayez crainte : votre persévérance sera largement récompensée!

Sultans of swing – Dire Straits

Mark Knopfler est sans doute l’un des premiers guitar hero qualifié comme tel. Chanteur, guitariste, auteur et compositeur du groupe Dire Straits qu’il fonde avec son frère en 1977, il s’illustre non seulement par sa dextérité mais surtout par l’invention d’un son de guitare inédit jusque-là : le son clean-crade.

Money for nothing (avec la voix de Sting qui réclame MTV) est sans doute le morceau le plus emblématique du groupe mais, le meilleur solo, celui qui a donné mal aux doigts à des générations de guitaristes en herbe, est sans conteste celui de Sultans of Swing. Et plus encore, la version de légende qui figure sur le double-album live Alchemy paru dans les bacs en 1984. D’ailleurs, c’est le premier album que j’ai écouté en CD. Je pourrais m’épancher, la larme à l’oeil, sur la progression diabolique de ce solo de Mark Knopfler mais je préfère vous laisser l’écouter (et le regarder).

Stairway to heaven – Led Zeppelin

Je serai intransigeant sur Stairway to Heaven: pour moi, c’est tout simplement le meilleur morceau de musique jamais composé. Oui. Je suis rarement aussi catégorique, mais pour moi, Stairway to Heaven est un masterpiece, une oeuvre d’art, un joyau né du souffle d’un dieu, celui du rock’n roll. Je l’ai écouté au moins une fois par jour, religieusement, pendant cinq ans. Ce qui représente environ 1825 écoutes et, croyez-le ou non, je ne m’en suis jamais lassé.

Dans Stairway to Heaven, tout a un sens, ou plutôt, chaque élément prend vie dans une progression si belle qu’on ne peut que s’émerveiller devant tant de grâce. Ah oui, le solo! Eh bien, il est l’oeuvre de Jimmy Page qui nous emmène très haut, au fil des notes qu’il égrène sur le manche de sa six cordes.

« And she’s buying… a stairway… to heaven… ». Amen.

Comfortably numb – Pink Floyd

Parce qu’à la rédac’ de Découverte on aime chouchouter les mélomanes qui lisent nos articles jusqu’à la fin, on vous a gardé un solo de maître. Ladies and gentlemen: David Gilmour! Guitariste et chanteur de Pink Floyd, David Gilmour est un orfèvre. Si un seul mot devait le décrire, ce serait : le feeling. David n’enchaîne pas les notes à un rythme effréné pour épater les filles. Non. Il joue la note miraculeuse au moment précis et c’est ce qui fait toute la différence. Il laisse planer quelques notes pour nous amadouer puis, soudain, on se retrouve prisonnier d’un tourbillon qui nous emporte au delà des barbelés de notre conscience. Un voyage apocalyptique qui nous laissera muets, hagards, pétrifiés.

Comfortably numb est extrait de l’album The Wall (paru en 1979) qui sera suivi d’un film réalisé par Alan Parker en 1982. The Wall raconte la chute de Pink, une rock star interprétée par Bob Geldof, qui sombre peu à peu dans un bad trip sur fond d’alcool, de drogue et de solitude. Comfortably numb intervient lorsque le producteur de Pink, accompagné d’un médecin et d’un serrurier, force la porte et trouve la rock star inconsciente dans un appartement ravagé.

Comfortably numb comporte deux solos et c’est ça qui est génial. Le premier nous balade gentiment du premier refrain au second couplet. Puis, un dernier « I have become comfortably numb » laisse place au chaos. David Gilmour nous montre l’étendue de son talent et la précision de son feeling. Comfortably Numb confère à cette scène du film The Wall une dimension crépusculaire.

Si vous souhaitez prolonger le plaisir, je vous conseille cette version live.

This is the end…

Cette petite sélection comporte sans doute pour certain(e)s de belles découvertes. Pour les autres, j’espère qu’elle évoque des bons souvenirs et vous donnera, pourquoi pas, l’envie de prendre une six cordes et de commencer à travailler les gammes!

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